Les critères de discernement dans les Églises de la Réforme protestante
vendredi 20 mars 2009, par Michel Leplay
Dans sa « Théologie de l’espérance » (Cerf-Mame 1970, fr.) Jürgen Moltmann aborde notre sujet, dans un chapitre consacré à « la promesse dans l’eschatologie prophétique » (p. 134 135) je cite : « Doit-on réserver le terme d’eschatologie pour des prédictions qui parlent de la fin même de l’histoire et donc d’évènements se situant en dehors de l’histoire ? Peut-on faire la différence entre des eschatologies historiques et des eschatologies cosmologiques, entre des eschatologies à l’intérieur de l’histoire et des eschatologies transcendantales ? »
Et de poursuivre sa réflexion sur « la promesse et l’histoire » : l’attente apocalyptique nous projette au-delà de l’horizon historique, alors que l’attente prophétique injecte de 1’espérance dans l’histoire en train de se faire. Je cite encore :
"On passe d’une théologie historique à une théologie de l’histoire, et d’une eschatologie historique d une contemplation eschatologique de l’histoire (145).
Et Moltmann poursuit : le prophétisme biblique est devenu avec Daniel une apocalyptique universelle au-delà de l’histoire, et Jésus-Christ premier prophète de l’alliance renouvelée est annoncé par ce prophète entre les prophètes, Jean-Baptiste, ce « trait d’union ». Alors Jésus-Christ, dit Moltmann « met la révélation de Dieu en mouvement en direction de l’humanité » (149). Le Nouveau Testament ne périme pas l’Ancien, mas l’accomplit dans 1’eschatologie réalisée de l’aujourd’hui de Dieu. En quoi « la foi chrétienne se fonde dans l’histoire » (1é0). Et ceci est l’ultime prophétie :
« On entre dans l’histoire que détermine l’eschaton promis et garanti, pour en attendre non seulement l’avenir du présent, mais aussi l’avenir du passé » (1é5).
Ou pour le dire avec l’Évangéliste Luc, historien de la bonne nouvelle :
« Aujourd’hui cette parole est accomplie… » (4:2 1) et « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis » (23:43)
Comme le dit Hans-Christoph Askani, la prophétie est « présence de l’avenir de Dieu plus qu’avenir de sa présence ». L’urgence prophétique qui aujourd’hui fait l’objet de notre rencontre souligne l’affirmation centrale de Moltmann dans sa Théologie de 1’espérance : « Il n’y a qu’un seul problème en théologie, c’est le problème de l’avenir ». Et l’Église ne fera que se débattre avec les trois offices attribués au Christ, dans leur relation et leur tension, entre le Prêtre qui se donne en sacrifice, le Roi qui se fait serviteur et le Prophète qui annonce le Royaume de Dieu et sa justice. Et c’est pourquoi le prophète qui annonce est aussi celui qui dénonce, et parfois renonce à sa vie. J’en prends quelques exemples dans les Églises de la Réforme protestante. En commençant par Jean Calvin, qui propose une clé théologique au prophétisme et à son urgence.
Si j’en crois Klauspeter Blaser dans l’’Encyclopédie du protestantisme : « La fonction de prophète va jouer un rô1e prépondérant dans la tradition protestante, tant dans l’interprétation du Christ que dans la définition de l’existence ecclésiale et chrétienne : contre le légalisme sacrificiel et 1’autorité du pouvoir… »
Ainsi, des trois offices du Christ aux trois ministères dans son Église, sacerdotal, royal et prophétique, la Réforme remet en valeur et met en avant celui de la protestation prophétique par rapport d ceux du sacerdoce sacrificiel dans l’eucharistie et du gouvernement ecclésial dans 1’épiscopat. Le ministère prophétique restitue le sola Gratia/Sola Fide, et conteste toute autre autorité que celle de la Sola Scriptura. On comprend alors pourquoi Calvin en parle ainsi dans l’Institution de la religion chrétienne : « Diversité des ministères de la Parole », je cite : « Touchant ceux qui doivent présider en Église, pour la régir selon l’ordonnance du Christ, Saint Paul met en premier lieu les Apôtres, puis les Prophètes, troisièmement les Évangélistes, après les Pasteurs, finalement les Docteurs » (Eph. 411). Mais de tous ceux-14, il y en a deux dont l’office est ordinaire en l’’Église chrétienne (ce seront les pasteurs et les docteurs) les (trois) autres ont été suscités par la grâce de Dieu au commencement, c’est-à-dire quand l’Évangile commença d’être prêché, bien que quelquefois encore il en suscite quand la nécessité le requiert… " (I.R.C. Livre IV, chap. 111, § 4).
Autrement dit, les trois ministères de l’Église apostolique étaient ceux des apôtres, prophètes et évangélistes, dont Calvin dit encore que : « ces trois offices n’ont pas été ordonnés, pour perpétuels en l’Église, mais seulement pour le temps qu’il fallait dresser des Églises où il n’y en avait point… »
Trois remarques avant d’en venir à des exemples et illustrations. D’abord, et c’est encore le contentieux entre nos Églises, Calvin a de la succession apostolique une conception évènementielle et non seulement institutionnelle. Il pense que si les Pasteurs sont chargés de poursuivre la mission des Apôtres, et les Docteurs celle des Prophètes, la tradition de l’Évangile dans l’histoire de l’Église n’est pas assurée par la succession apostolique de 1’épiscopat, mais par la prédication fidèle de l’Évangile. Si elle fait défaut dans, le ministère des pasteurs et des docteurs, les ministères exceptionnels de l’origine, des Apôtres, des Prophètes et des Évangélistes, interviennent pour redresser l’Église, pour la réformer, pour, je cite, « ramener au droit chemin le pauvre peuple qui s’était détourné après l’Antéchrist » (soit le pape, dit une note en bas de page, pardon frères romains, mais c’est écrit en italique). Ensuite contrairement à ce que peut laisser à penser notre très flexible doctrine des ministères CALVIN n’en affirme pas moins que « les ministères sont nécessaires en tout temps à l’Église », avec « la même similitude entre les Prophètes et les Docteurs, les Apôtres et les Pasteurs ». Je cite encore : « Voila une loi inviolable à tous ceux qui se disent successeurs des Apôtres, et qu’ils doivent observer à perpétuité : c’est de prêcher l’Évangile et administrer les sacrements » (ib. § é).
À ces deux ministères essentiels, du pasteur et du docteur, Calvin ajoutera pour le gouvernement des communautés et le soin des pauvres d’autres fonctions et charges ecclésiastiques, celles des Anciens et celles des Diacres. On trouve ainsi le quadrilatère ministériel des Églises de la Réforme, tel que l’avait bien expose en son temps le père Alexandre Ganoczy pour les catholiques, ou le pasteur Jean Bosc chez les protestants.
Enfin, dernière remarque, essentielle, le ministère prophétique reste constamment imprévisible, fréquemment nécessaire, généralement contesté, et finalement récupéré… La Parole surgit, la prophétie urge, et le prophète qui rugit et fait rougir dérange avant être rangé à son tour dans le placard protestant des commémorations ou la chasse des reliques catholiques !
Voici quelques illustrations de cette proposition, avec des exemples. J’en ai choisi sept, en essayant de montrer que la déstabilisation de l’Église est la condition de sa stabilité, que l’interruption en assure la continuité, et que le témoignage ne va jamais sans protestation. Au fil des siècles, je retiens, plus ou moins connus :
- Martin Luther, le docteur prophétique de la première réforme
- William Booth, le militant méthodiste de l’armée du salut
- Léonard Ragaz, le prédicateur calviniste du message révolutionnaire
- Dietrich Bonhoeffer, le martyr luthérien de la résistance au nazisme
- Martin Luther King, le prédicateur baptiste de la réconciliation raciale
- Élisabeth Schmidt, la prophétesse tenace du ministère féminin
- et Jacques Ellul, le dénonciateur laïc de la subversion du christianisme.
Dans chacun de ces cas, l’urgence prophétique transgresse la patience de l’institution au profit d’un rappel de la vérité et d’un appel à la justice. Je ne pense pas du tout que les Églises de la Réforme protestante en aient le monopole, ni même aucune Église, car, comme l’avait écrit Bruno CHENU, « la communauté de référence du prophète est davantage la communauté des Églises qu’une confession particulière » (L’. P. p. 15 8).
La nuée des témoins
Après ces considérations générales sur le ministère prophétique, je prends quelques exemples pour illustrer la proposition et plus encore pour encourager notre fidélité. Deux références scripturaires pour éclairer sinon étayer mon projet. D’abord au début de l’Épitre aux Romains, 1’apôtre Paul situe son propos dans la continuité de la révélation de Dieu, annonçant maintenant « cet Évangile qu’il avait déjà promis par ses prophètes dans les Écritures saintes, cet Évangile concerne son Fils, issu selon la chair de la lignée de David, établi selon l’Esprit Saint Fils de Dieu avec puissance par sa résurrection d’entre les morts, Jésus-Christ notre Seigneur » (1 : 2 5). Ensuite, le fameux chapitre II de la Lettre aux Hébreux dans laquelle l’auteur chante et cite à l’honneur de Dieu les noms de tous ses témoins. La liste longue et glorieuse se termine par la mention générale et récapitulative des « Prophètes, eux qui grâce à la foi mirent en œuvre la justice, ont conquis des royaumes et obtenu les promesses ».
Mais la liste n’est pas close à la fin du chapitre et l’histoire de Dieu continue chez les hommes et avec eux. Car si l’obéissance dans le service sacerdotal et l’ordre dans la gestion politique maintiennent dans l’Église et le monde afin qu’il ne devienne pas un enfer la surprise de l’urgence prophétique le fait avancer. Comme le dit la Règle des Diaconesses de Reuilly que Bruno Chenu avait citée au début de son livre : « Il nous faut encore… continuer l’Évangile ».
J’ai hésité à mettre le cas particulier de Martin Luther en tête des quelques ministères prophétiques exemplaires à mes yeux, quoique pas du tout exclusifs de tous les autres. Mais justement la difficulté de cet exemple me permet d’avancer une thèse sur l’urgence prophétique. Car la prophétie est « intempestive » et non intemporelle, au contraire, elle s’inscrit comme un cri clans une conjoncture historique de détresse et d’aporie. Certains temps sont sans issue, sinon par interruption du processus en cours, et si le temps long et lent se déroule dans la durée et la chronologie, si le temps sacré se roule clans le cercle répétitif de la liturgie, l’urgence prophétique est celle du temps brisé et du temps béni, du moment favorable pour traduire le grec « kairos ». Et il y a dans l’histoire humaine des temps de rupture, de renaissance et de réforme, de révolte et de révolution, de protestation et de témoignage.
Toute la vie de Martin Luther n’est pas prophétique, loin de là, mais ce qui me semble avoir caractérisé l’urgence prophétique dans son cas particulier et dans la conjoncture de 1’époque, c’est précisément un rappel nécessaire de la grâce totalement gratuite de Dieu en Jésus-Christ, pour la foi qui justifie et selon les Écritures. Les premiers écrits réformateurs du docteur Martin Luther sont à cet égard prophétiques. Il est saisi par une certaine vision de la chrétienté et par le programme de réformes qui en découle. C’est clans « Le Manifeste à la noblesse chrétienne de la nation allemande » (1520) qu’il attaque les trois murailles dont son Église est captive : un cléricalisme, qui obscurcit le sacerdoce universel, la prétention de la hiérarchie à détenir la clé des Écritures et la seule autorité attribuée au pape de convoquer et de confirmer un Concile. Celui de Vatican II a montré que nous avions fait du chemin et que l’urgence ressentie par Luther n’était pas entièrement dénuée de sens. On pourrait continuer avec le deuxième des grands écrits réformateurs, « Le prélude sur la captivité babylonienne de l’Église » qui concerne alors, mais ce sont des points aujourd’hui dépassés sinon consensuels, la communion des fidèles sous les deux espèces, la doctrine de la transsubstantiation et la messe comme sacrifice. Pardon à vous chers amis, de revenir sur ces conflits, mais le docteur Luther devenait prophétique en relisant l’Écriture pour l’Église de son temps. Je n’en dis pas plus, car la suite de la réforme luthérienne est entachée de telles violences que même au prophète s’applique l’adage bien connu selon lequel le chrétien est « toujours pécheur, toujours pénitent et toujours juste ». Quel prophète est impeccable, c’est même comme si les plus grands d’entre eux avaient été par certains côtés les plus pécheurs.
Après un prophète dans l’Église chrétienne, je prends le cas d’un prophète pour la société, celle du XIXe siècle déstabilisée par la révolution industrielle, la misère de la classe ouvrière et 1’embourgeoisement de la communauté chrétienne. En France, en Angleterre comme ailleurs. Alors se lève, n’autorisé que par lui-même et à ce titre excessivement autoritaire, un William Booth qui va se lancer avec d’autres clans un combat spirituel et social pour venir en aide aux plus déshérités de ses contemporains et concitoyens. Une « Armée du salut »est mobilisée pour donner de la soupe aux affamés, de la santé aux malades et le pardon aux coupables, mais aussi victimes de l’alcoolisme, de la prostitution, de l’aliénation.
Urgence prophétique
Ayant quitté son Église anglicane trop conformiste, pour rejoindre l’Église méthodiste, mais pas assez engagée, il recrute avec l’aide de sa femme des militants de la bonne cause évangélique et sociale. Établie dans 83 pays, l’Armée du Salut compte dans le monde 25.000 officiers, 60.000 employés et 3 millions de soldats sans solde, bénévoles à temps partiel. C’était une réponse prophétique à l’urgence politique dénoncée A la même époque et à Londres par le prophète d’une autre religion, celle du « communisme international », qui se voulait l’alternative violente à la « communion religieuse ». L’Évangile de « l’option pour les pauvres » contre la religion de « l’opium du peuple ».
Après l’anglais William Booth, nous restons dans l’Europe protestante avec Léonard Ragaz, un prédicateur et théologien suisse et réformé qui va être saisi par l’urgence prophétique devant plusieurs problèmes à la charnière des deux derniers siècles : le combat pacifiste du socialisme religieux, le souci communautaire et le respect de la terre, le dialogue judéo-chrétien il est grand ami de Martin Buber enfin l’urgence d’annoncer le « Royaume de Dieu et sa justice » (Matthieu 6 : 33). Mais je cite Ragaz : « À la place de la justice du Royaume, on plaça la justesse du Credo »…
Après l’Église évangélique initiée par Luther, puis le christianisme social mobilisé par les Booth, c’est 1’évangile révolutionnaire brandi, par un théologien fils de paysans des Grisons. Tout arrive.
Pour prendre encore un ou deux exemples significatifs de l’urgence prophétique dans les Églises de la réforme, c’est en Allemagne, que va se détacher une haute figure de la résistance au mal et de la soumission au Seigneur Jésus-Christ. Mais Dietrich Bonhoeffer n’est pas le seul résistant. Ce qui me semble plus originalement prophétique chez lui est moins l’opposition au nazisme et sa contestation du Führer que son pressentiment de 1’évolution du christianisme. Car enfin il est pasteur, professeur et théologien dans l’Église luthérienne la plus conformiste qui soit, une Église de pratique religieuse et de piété exemplaires, mais sans lucidité politique ni vigilance évangélique. Or il va, dans ses lettres de prison, envisager un christianisme non religieux, ou plutôt « la religiosité de l’homme (qui) le renvoie dans sa misère à la puissance de Dieu dans le monde. Seul le Dieu souffrant peut aider, le Dieu de la Bible qui acquiert sa puissance et sa place dans le monde par son impuissance ». (pp. 162 163).
J’ose à peine appeler dans cet inventaire protestant de quelques prophètes le nom de Martin Luther King, car avec l’anniversaire de son assassinat, il est dans tous les journaux et sur tous les écrans. Ainsi, le dimanche 4 mai, l’émission œcuménique AGAPE démarrait sous le signe du très célèbre pasteur baptiste américain. Cette histoire est tellement connue que je ne la reprends pas, sinon pour faire deux remarques, en apport à notre réflexion commune. D’abord, ce combat contre la ségrégation raciale par la résistance non-violente déborde largement la communauté confessionnelle de son initiateur. Au cours de l’émission de télévision que je viens d’évoquer, le père Christian Delorme disait, je cite : « Martin Luther King a réintroduit dans l’Église la dimension prophétique du christianisme ». Les communications de ce matin, au nom de nos chapelles confessionnelles, s’inscrivent, en fait dans l’unique cathédrale évangélique du Royaume de Dieu et de sa justice. La seconde observation concerne et elle est encore plus décisive, le caractère historique de ce prophétisme : il est entièrement en prise avec la réalité sociale et politique des États-Unis des années cinquante. « Hic et Nunc », telle la caractéristique de toute prophétie, saignante d’une théologie de l’histoire plus qu’enseignante d’une histoire de la théologie… Et à ce titre, l’aventure prophétique la plus contextuelle a une portée universelle.
Le protestantisme a enfin, comme les autres familles chrétiennes, suscité des vocations prophétiques féminines. Je n’oublie pas les débordements des malheureuses prophétesses du Vivarais dans les temps de la persécution, mais avant elles des femmes célèbres témoignent à leur manière de ce que l’Esprit dit aux Églises et aux monarchies, Marguerite de Valois, Renée de France ou Jeanne d’Albriet. Mais pour arriver au. XXe siècle, j’ai choisi une seule figure, en cette année centenaire de sa naissance, Élisabeth Schmidt qui publiait en 1978 aux Éditions du Cerf, un pamphlet revendicatif et juste : « Quand Dieu appelle des femmes, le combat d’une femme pasteur ». L’Église réformée, en ces temps de ma jeunesse, n’admettait pas les femmes au ministère pastoral. IL fallut le combat exigeant et incessant de cette théologienne entêtée pour que notre Synode national, en 1965, les accepte ! Le temps me manque pour évoquer Suzanne de Dietrich et le renouveau biblique, Madeleine Barot et la naissance de la CIMADE, Francine Dumas pour le M.F.P.F. et France Quéré pour ta bonne cause des femmes de l’Évangile.
La dernière des quelques figures prophétiques que j’ai retenues, et avant de conclure mon propos, est celle de Jacques Ellul. Professeur d’histoire des institutions, né d’une famille juive convertie au protestantisme, il a sans cesse rappelé à son Église réformée la mission prophétique dont elle est en charge. Il a donc protesté contre le protestantisme et pesté contre la subversion du christianisme, la parole humiliée et l’espérance oubliée, pour reprendre quelques titres explicites. Mais il a aussi dénoncé « le bluff technologique », le système technicien et ses masques démocratiques autant que les illusions politiques du socialisme et les méfaits écologiques de la consommation libérale. On a pu écrire à son sujet : « Ellul était un protestant, c’est-à-dire un prophète au sens ou l’entendait Neher, non celui qui prédit et annonce, mais celui qui tempête gronde, mécontent dans la colère, avec véhémence, car la colère dicte une éthique de la protestation. Et l’éthique de la protestation est aussi une éthique de la résistance ». (Foi & Vie, décembre 1994, Le siècle de Jacques Ellul, P. Lacoue-Labarthe, « La Protestation », p. 15 16).
Une parenthèse avant de conclure d’un dernier mot, car je ne saurai dans le cadre de cette communication omettre de rappeler le nom et la mémoire de Paul Ricœur, décédé voici bientôt trois ans. Il ne fut pas « prophète », et moins encore en son pays, mais par rapport à son contraire que fut Jacques Ellul, Ricœur était philosophe, « refusant certes toute démagogie ou compromission » (Olivier Mongin), mais prenant à revers la pensée contemporaine que dénonçait la critique pour mieux annoncer la conviction. Ellul fut le prophète de l’homme mortel jusqu’à la vie, et Ricœur le sage de l’homme « vivant jusqu’à la mort ».
© 2008 Université d'Été de l'Assomption 2008
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