Emmanuel Mounier : prophétie et engagement politique
jeudi 19 mars 2009, par Guy Coq
Le prophétique n’est pas absent de la littérature philosophique. Il est rare. Au XVIIe siècle émargent les grandes figures de Spinoza et de Pascal. Au XXe siècle, parmi les penseurs qui traitent de la philosophie politique, Mounier est le seul à faire du prophétisme une catégorie de la philosophie politique. Le prophétique est pour Mounier une dimension de l’action. De plus et je m’y arrêterai, il existe pour lui une forme d’action qu’il qualifie de prophétique. Envisage-t-il, pour autant qu’il soit urgent de découvrir des prophètes ? Deux noms circulent avec insistance dans les textes de Mounier : Gandhi et Bernanos. Notons de plus que ce n’est qu’à partir de décembre 1944 que s’exprime un intérêt pour le prophétique : les cinq étapes d’Esprit. Il s’agit d’un bilan de la revue ESPRIT depuis sa fondation en 1932 ; Emmanuel Mounier expose la grande mission qui attend ESPRIT dans un monde à venir : « une mission de prophètes et de découvreurs ». Quelques mois plus tard il lance sa formule : les « prophètes du politique » en prenant l’exemple de Bernanos (article du Temps Présent 3VIII 1945 ). Pour conclure ce bref balisage de interventions sur le prophétique, dans l’œuvre de Mounier, soulignons que l’exploration de la catégorie prophétique est menée principalement dans le dernier ouvrage publié du vivant de l’auteur : Le personnalisme (PUF 1949, Que sais-je) et dans un texte de février 49 : Contre la Troisième guerre mondiale (Voir les Certitudes difficiles p 249).
I - Le préalable de la philosophie de l’engagement
On devrait expliquer pourquoi ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que Mounier parvient à penser la catégorie du prophétique. Il y a une logique à cela : elle ne prend sens que dans une philosophie de l’engagement ; Dans une première période, avant la guerre, Mounier ne dispose pas encore d’une pensée de l’engagement et notamment de l’engagement politique. En 1933/34 il écrit un bel essai : « Pour une technique de moyens spirituels » (repris dans Révolution personnaliste et communautaire). L’auteur y développe une véritable analyse des enjeux spirituels de l’action. Il explore déjà des aspects qu’on retrouvera dans le « prophétique » : la rupture la fidélité, l’action de témoignage. Mais il n’assume pas encore l’enjeu de l’engagement proprement politique ; la politique reste marquée de déchéance. Bref à partir du moment où Mounier aura construit sa philosophie de l’engagement politique (grâce à Paul Louis LANDSBERG ) et après l’avoir durement expérimentée (dans les engagements d’ESPRIT) qu’il vient à penser la politique comme lié nécessairement à la catégorie prophétique. Celle-ci n’a de sens que si elle se fonde sur le politique, elle éclaire l’engagement.
Rappelons donc les grandes lignes de cette philosophie de l’engagement. Celui-ci est défini comme nécessaire à l’accomplissement personnel. Il a plusieurs formes dans lesquelles le politique a une grand importance (social, spirituel etc…). Il consiste toujours à se solidariser avec des finalités reconnues comme imparfaite, dans une action imparfaite par ses moyens, mais inspirée par une grande rigueur dans la fidélité aux valeurs fondamentales ; de la découle l’aspect parfois tragique de l’action : la tension avec les valeurs.
Cette véritable philosophie du citoyen actif, respecte l’épaisseur du politique, et se lie à une philosophie de l’histoire incertaine. Elle suppose aussi une pensée de l’action qui s’attache en même temps à analyser les dimensions de l’action et à distinguer les diverses formes de l’action .
L’auteur isole quatre dimensions de l’action. Il y a tout d’abord le « faire » qui vise à dessiner et organiser une matière extérieure : sa fin, sa mesure est l’efficacité, la mise en œuvre de moyens efficaces.
Comme les trois autres dimensions, elle est toujours accompagnée des 3 autres. La seconde dimension, « l’agir » a déjà une portée éthique : « former l’agent, son habileté, ses vertus, son unité personnelle ». Sa fin et sa mesure sont l’authenticité. Ce qui compte ce n’est pas ce que fait l’agent mais « comment il le fait et ce qu’il devient en le faisant ». La 3e dimension, Mounier la nomme en grec : theorein. Elle désigne « cette part de notre activité qui explore les valeurs et s’en enrichit en étendant leur règne sur l’humanité ». Il s’agit d’une aspiration au règne des valeurs désintéressée, « action contemplative ». Sa finalité est la « perfection et l’universalité à travers l’œuvre fini et l’action singulière ». Cette dimension « ne vise pas directement l’organisation des rapports extérieurs entre les choses et entre les hommes » ; elle agit sur eux de manière indirecte.
Enfin, il y a une dimension collective de l’action. Les formes de l’action font toujours intervenir quatre dimensions mais dans des combinaisons différentes et avec une dominante à chaque fois particulière. Ainsi l’action du technicien met le faire au premier plan, mais aucune action n’est exclusivement technicien. Ainsi dans le politique intervient l’efficacité de type économique mais en articulant économique et éthique, rigueur éthique et rigueur technique, avec aussi un calcul d’efficacité sur l’opportunité. Au niveau politique « doit se personnaliser l’économique et s’institutionnaliser le personnel. Plusieurs types sont possibles : le moraliste, le contemplatif, le prophète… Mounier présente une sorte de mise en ordre des formes d’action, situées entre deux grand pôles : à une extrémité le politique (avec son souci d’efficacité) à l’autre le prophétique. »tous ceux qui ne sont ni prophètes, ni chefs de parti cherchent leur place dans un perpétuel tourment entre la zone de témoignage et celle de l’efficacité" ; Mais pour conclure ce développement sur le prophète, Mounier précise qu’il n’a de sens que dans une philosophie de la transcendance.
II - Le prophétique, l’action de type prophétique
Dans l’action de type prophétique domine la 3° dimension de l’action, le contemplatif. « Le contemplatif » tout en gardant comme souci principal l’exploration et l’achèvement des valeurs peut aussi viser directement l’ébranlement de la pratique« . Cette liaison du contemplatif et de la pratique est l’action de type prophétique. Mounier donne comme exemples : Abraham, les Provinciales, le »j’accuse" de Zola, Gandhi. Ce qui caractérise l’action prophétique, c’est d’abord le « tranchant absolu » en second lieu, c’est un rapport particulier au temps : renversement de l’actuel et de l’inactuel. Le prophétique est inactuel, mais parce qu’il vise l’avenir. Il meurt rarement riche, il meurt « la bouche fermée à coups de pierre » (201). Cela prouve que son inactualité remue le présent. Il témoigne pour un « inactuel singulièrement actuel et qui blesse au point vif ceux de ses contemporains qui l’accusent de fréquenter les nuées ». En fait, le prophétique, vise « le manifeste et l’immédiat » qui ressortent de techniques politiques . Cela ne signifie aucunement qu’il faille mettre le prophétique du coté des causes désespérées. Certes, il peut en effet être « sûr de l’échec immédiat » mais Mounier récuse ceux qui affirment que le prophétique est toujours désespéré.
Une autre caractéristique du prophétique tient de ses moyens d’action. Cette action vise à des effets concrets mais portée par une foi en l’efficacité de l’absolu. Elle « peut être accompagnée de la volonté consciente de faire pression sur une situation bien que par des moyens qui relèvent de la foi dans l’efficacité transcendantale de l’absolu plus que de la mise en œuvre de l’efficacité technique ». Ce sont d’autres moyens que le politique, une pesée sur l’avenir , préparant les percées où l’histoire change : le prophétique « lance en avant de lui une force invisible de sa foi, assuré que si atteint par quelque but immédiat, il réussira du moins à maintenir la force vive de l’homme au seul niveau où se font jamais les percées de l’histoire ».
Il s’agit d’une foi qui transforme les hommes, telle est la clef de son efficacité à venir.
« La technique prophétique se propose surtout de maintenir les valeurs absolues et de tremper les cœurs dans la fidélité sans nuances, et parfois sans prudence ; elle s’attache à la qualité de l’action plus qu’à son volume, à la solidité du résultat plus qu’à sa visibilité ».Tout est dit en quelques formules : rappel du but ultime du prophète : changer les hommes, rigueur de la fidélité aux valeurs, (pas question ici de la prudence légitime du politique) ; primat de la qualité de l’action, action en profondeur plutôt que recherche de visibilité.
Mais cette action prophétique qui s’oppose au politique ne le méconnait pas. Il s’agit de ne pas mélanger les deux styles d’exigence, ce qui pervertirait l’une et l’autre. Il y a aurait alors dérapage du prophétique vers le politique. Alors, on assisterait au glissement du prophétique vers l’idéalisme, dans le mépris des moyens politiques nécessaires. Cette distinction du prophétique et du politique suppose qu’on précise ce qu’est l’action politique qui « ne désigne pas exclusivement les activités qui tournent autour de la prise de pouvoir ; il embrasse tout l’enchainement des moyens vers un but donné. » Le but du politique est la qualité de la cité. La conquête du pouvoir a sa place, mais n’est pas un but en soi ; c’est l’un des moyens. Le risque du politique est de « se griser d’agitation comme l’autre (le prophète) d’idéal » et de « perdre dans l’action le fil des raisons d’agir. » La spécificité du prophétique « n’entre pas dans une chaîne tactique, il fait rupture, étonne l’imagination ». Il n’enclenche pas non plus une chaine tactique, du moins immédiatement.
Mounier insiste enfin sur le coté inspiré, rapide de l’action prophétique, récusant les dé……d’une tactique politique et les raisons d’opportunité : « On n’organise pas une action prophétique :elle relève d’un appel profond et ne doit pas germer sur une vague enthousiasme de communication ou sur l’imitation d’un autre geste prophétique » . Il refuse la vague des élans d’opinion, de la dynamique médiatique. Il y a un don ou un appel : « Le don de prophétie est un don gratuit qui n’enfle pas nécessairement la voix ; celui qui ne l’a pas reçu sous des formes exceptionnelles qu’il se fasse ouvrier dans le rang : car un est aussi une façon d’annoncer l’histoire avec ses mains, quand on ne peur se déporter au dessus d’elle assez haut pour la prévoir du regard. » (fin du chapitre Bernanos dans l’Espoir des désespérés)
III - La tension nécessaire entre le politique et le prophétique
Le politique et le prophétique ne sont pas seulement différents, à ne pas confondre l’un et l’autre a besoin de vive tension avec l’autre. Celle-ci a deux formes également nécessaire. La première est interne à la personne elle-même : l’homme engagé est tendu entre deux pôles, le politique, le prophétique ; tantôt plus près de l’un, tantôt de l’autre. Mais même dans la personne il ne doit pas y avoir confusion. « L’homme d’action accompli est celui qui porte en lui cette double polarité et louvoie d’un pôle à l’autre combattant tour à tour pour assurer l’autonomie et régler la force de chacun, et pour trouver des communications de l’un à l’autre. »
Ainsi, c’est la tension intérieure avec le prophétique qui protège le politique de se pervertir et réciproquement.
La seconde tension intervient entre les personnes engagées dans la politique et des vocations tournées vers le prophétique. Sous cette tension avec le prophétique le politique devient un simple tacticien, sans la tension avec le politique le prophète devient simple imprécateur . Le prophétique est donc indispensable au politique. Mounier distingue des « prophètes du politique »dont l’exemple est pour lui Bernanos. Leur situation est difficile car ils parlent à temps et à conte-temps « sans considération aucune d’opportunité et de terrain, parce que le politique se perd s’il ne sait écouter certaines vérités avec le tranchant de l’absolu. » Mais le prophète aussi est exposé, en glissant vers le politique , au prix de son autorité, ou encore vers l’utopie. Pour éviter cela, « le prophète devra aussi prendre son de délimiter son terrain qui est celui de exigences et non des solutions. »
Dans la dernière période de sa vie, quand le prophétique fait partie de sa pensée, E. Mounier réexamine l’engagement à la lumière de la tension politique prophétique. Il renouvelle le refus d’attendre des causes parfaites sur le terrain politique. La quête de moyens irréprochables rendrait l’action impossible.« L’absolu n’est pas de ce monde. Nous nous engageons jamais que dans des combats discutables sur de causes imparfaites. » Le politique ne peut pas s’identifier au prophétique, même s’il a besoin de lui. « Refuser pour autant l’engagement c’est refuser la condition humaine. »
De plus on ne choisit pas les situations où il faut agir. Mais l’engagement reste le refus d’abdiquer sur les valeurs et la personne humaine. La tension entre le politique et le prophétique se retrouve comme tension « entre l’imperfection de la cause et (sa) fidélité aux valeurs impliquées . » Cette tension indépassable c’st ce qui protège du fanatisme, et creuse l’écart entre l’engagement et l’embrigadement et rend capable de critiquer les faiblesses de notre cause.« »Nous apprenons que le cap du bien et le cap du mal s’opposent rarement en noir et blanc". (103)
Les politiques vont reprocher le caractère intraitable de l’engagement. Mais l’action est toujours dialectique : autre manière de décrire la tension politique/prophétique. L’action souvent doit « tenir le deux bouts d’une chaine qu’elle ne peut souder. » Ou encore ce sont deux leviers d’un mécanisme qu’on ne peut encore unifier : tantôt « l’essai tactique » tantôt « le témoignage prophétique » ou encore l’engagement/dégagement, médiation/rupture.
Il faudrait pousser plus loin encore le recadrement du projet global de Mounier, à la lumière de cette pensée de la tension qu’introduit le prophétique. Celui-ci donne de puissantes raisons de refuser l’utopie. On l’a vu : pour Mounier, l’utopie est une glissade qui menace très précisément le prophète du politique. L’utopie et alors une menace pour la dimension prophétique de l’action, on dirait la même chose des mythologies ou des théories dogmatiques qui se présentent comme savoir absolu de l’action et de l’histoire. Le prophétique est lié aux aspects spirituels de l’engagement. Dans ce prophétisme du politique, c’est au contact de l’engagement que le spirituel rejoint la tension prophétique. Avec la mort des mythes, des utopies, des grands récits, qu’est ce qui peut tirer en avant la politique et l’histoire sinon le prophétique ?
IV - Mounier et le modèle Bernanos
Penseur du prophétique, Mounier fut-il lui-même prophète, ou le devient-il au XXIe siècle ? Bernanos, on l’a souligné est tenu pour un modèle prophétique par Mounier. Il admire les « Grands cimetières sous la lune ». Il lui arrive de critiquer Bernanos, dans la mesure même de son importance prophétique. Par exemple, voyez les formules contre l’anti machinisme de Bernanos.
« Bernanos y entre à sa manière prophétique, cavalière et tumultueuse. On me permettra de douter que son dernier pamphlet contre le machinisme ajoute beaucoup à l’affection littéraire et à la reconnaissance spirituelle que nous lui devons tous. » Mais dans ce même texte Mounier à plusieurs reprises entame des paragraphes par la formule : « Écoutons Bernanos » Et il fait principalement à Bernanos le reproche de n’être pas fidèle à lui-même, quand il prend le risque de se faire instrumentaliser par les nostalgiques de l’Action Française. Ces pages sont donc une remarquable analyse des dangers auxquels s’expose la parole prophétique : se faire instrumentaliser : « le prophète ne parle pas seuls chez Bernanos ». Certains tentent de l’accaparer. En vitupérant quelques catholiques d’avant–garde ne voit-il pas qu’il conforte les bien pensants dans leur bonne conscience ? Oui, il y a risque d’apostasie précise Mounier.
Mais cette odeur d’apostasie nous suffoque. « Ce n’est pas auprès des enfants sauvages et généreux… C’est à de telles messes désolantes, à tels sermons désespérément vides. » Mounier refuse d’opposer les chrétiens qui ont rejoint les soucis concrets des hommes et ceux qui veulent restaurer la parole de Dieu. Il faut tenir les deux exigences. C’est la fonction des prophètes du politique. Ceux-ci circulent dans les zones , « où le sacré roule ses eaux avec les eaux de l’histoire. » De plus, ils témoignent sut tel ou tel point concret, leur force prophétique « se limite à des messages précis ». Ils distinguent ainsi des prophètes du religieux "hommes détachés qui témoignent pour la vérité totale contre les vérités partielles, pour la vérité intégrale contres les accommodements.
En définitive, c’est bien de ce coté que Mounier situe Bernanos. « Le message propre de Bernanos c’est de rappeler aux chrétiens la transcendance du Christianisme dans toutes les affaires du temps et l’empêcher d’utiliser cette transcendance à la lâcheté et au déshonneur. » De même, à la fin de Feu la Chrétienté : « Mais ce qui semble essentiel et qui relève de son message le plus constant, c’est la dénonciation d’une société quelle que soit sa structure, qui se clot au surnaturel.« Enfin, dans l’Espoir des désespérés, texte où Mounier consacre un long chapitre à Bernanos, au coté de Camus, Malraux et Sartre, Mounier une ultime fois relativise les défauts de détails du prophète dès lors qu’il tient sur l’essentiel de sa vocation : » On ne demande pas à un saint d’exceller dans les tables synoptiques, à un prophète de posséder le génie particulier qui fait les auteurs de manuels et les bâtisseurs de paragraphes. Prophétiser, c’est lancer sa parole, Parole de Dieu en elle, comme un cri, comme une pierre de fronde. Le cri ne dit pas tout, la pierre blesse, mais au soldat endormi chuchote-t-on des théorèmes ? » (P 159, Édition Point-Seuil non réimprimée …)
Ici encore, l’exemple de Bernanos permet à Mounier de décrire, comme de l’intérieur la fonction prophétique. Pas plus que Bernanos, Mounier ne se prenait pour un prophète, même si on peut le dire, il ressentait une urgence prophétique. Bernanos est fort clair sur lui-même, et les formules conviendraient à Mounier : « Un prophète est vraiment prophète qu’après sa mort et jusque là il n’est pas un homme très fréquentable. Je ne suis pas un prophète, mais il arrive que je voie ce que les autres ne voient comme moi, mais ne veulent pas voir. Le monde moderne regorge aujourd’hui d’homme d’affaires et de policiers, mais il a besoin d’entendre quelque voix libératrices… Elles ne se contentent pas de nous inviter à attendre l’avenir comme on attend le train. L’avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l’avenir, on le fait ».
Comme le suggère fort justement Bernanos, c’est après coup, quand l’histoire s’est avancée, que la clarté prophétique de certains témoins apparait. On pourrait illustrer cette formule en réexaminant plusieurs des grands engagements de Mounier. Son engagement contre Franco est inspiré par l’anticipation de la victoire du totalitarisme nazi sur l’ensemble de l’Europe ; son refus de Munich par l’urgence et de dire clairement non à Hitler quel que soit le prix. Son dialogue avec les Communistes Français devenus la voix principale des ouvriers, n’empêche aucunement sa lucidité sur le totalitarisme soviétique . Beaucoup de pages de Mounier ont une grande force prophétique notamment celles qui dénoncent le risque de fermeture sur elle-même de l’action politique. La comparaison entre Mounier et Bernanos, au regard d’un prophétisme les révèlent l’un par l’autre, et on l’a vu, c’est la plupart du temps dans la méditation sur Bernanos que Mounier approfondit sa lucidité sur l’exigence prophétique. Il y a chez Mounier un prophétisme de l’engagement, qui le rapproche des prophètes du politique sont il voit le modèle en Bernanos. Mais l’un et l’autre, dans la vigueur de leur interpellation de l’Église et du Monde Catholique sont de grands prophètes de l’Esprit et de la Foi.
© 2008 Université d'Été de l'Assomption 2008
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