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	<title>UEA 2006</title>
	<link>http://www.univete-assomption.org/2006/</link>
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		<title>UEA 2006</title>
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		<title>Retraite d'été de la famille de l'Assomption</title>
		<link>http://www.univete-assomption.org/2006/article.php3?id_article=92</link>
		<date>2007-02-02 17:15:27</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Du lundi 2 juillet (12 h)
&lt;br /&gt;au jeudi 5 juillet (14 h)
&lt;br /&gt;à Bonnelles dans les Yvelines&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Retraite animée par le Père Jean Michel Maldamé, Dominicain&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un temps d'enseignement, de prière, d'échanges, de célébration, de silence, ouvert à tous, religieux, religieuses et laïcs. &lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; pour aider chacun à discerner, &lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; au c&#339;ur de nos bouleversements, &lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; comment la Parole de Dieu peut nous rendre libres et confiants.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Université d'Eté de l'Assomption</author>
		<dc:date>2007-02-02T16:15:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Université d'Eté de l'Assomption</dc:creator>
		
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		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>La clef de la génétique</title>
		<link>http://www.univete-assomption.org/2006/article.php3?id_article=91</link>
		<date>2006-10-13 10:47:47</date>
		<description></description>
		<author>Henri Plauchu</author>
		<dc:date>2006-10-13T08:47:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Plauchu</dc:creator>
		
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		<title>Fil rouge</title>
		<link>http://www.univete-assomption.org/2006/article.php3?id_article=83</link>
		<date>2006-10-13 10:00:00</date>
		<description>&lt;img src=&quot;http://www.univete-assomption.org/2006/IMG/arton83.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align='right' width=&quot;100&quot; height=&quot;141&quot; style='border-width: 0px;' class='spip_logos' /&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Intervention de Catherine Perrotin&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« Notre c&#339;ur n'était-il pas tout brûlant tandis qu'ils nous parlaient » ? Dans l'écoute de nos intervenants hier, nous avons reçu la force de leur énergie et l'impact de leurs convictions.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je vous propose de retenir ce matin &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;4 points&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1- la trame du combat et de la traversée.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Le chemin d'humanité existe pour tout homme. &lt;br /&gt;Dans la mise en tension entre chaos et ordre, il s'agit de vivre et de chercher ce qui fait émerger la question du sens de la vie des hommes et des communautés.
&lt;br /&gt;« Attendre, espérer et travailler dans le monde tel qu'il est (et pas tel que nous l'avions rêvé), c'est la condition de la foi ». Invitation à mettre en &#339;uvre les ressources dont nous sommes porteurs pour caractériser ce qui va et ce qui ne va pas (travail de diagnostic), identifier les leviers de changement (hypothèses d'actions), construire la coopération pour contribuer aux transformations nécessaires et faire que le monde soit plus humain (structuration de partenariats et détermination pour la mise en &#339;uvre d'actions choisies). &lt;br /&gt;« Comprendre le monde, c'est s'ajuster au réel », disait H.Arendt. Ne pas rêver le monde mais y tenir sa place en prenant part à son évolution, modestement (nos moyens sont limités) mais résolument (force de la détermination individuelle et collective).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« Avez-vous été heureux ? » ... « Malgré tout, je suis arrivé à vivre ».&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a des moments dans la vie où la butée a été telle qu'on aurait pu en mourir. La butée, c'est le lieu du combat : situation trouvée « trop dure », expérience « d'être tombé trop bas »...Lieu de l'humiliation et de la désolation, perte de l'estime de soi entrainant la tentation de s'identifier à ce qui submerge, perdant la conscience de l'irréductibilité de chacun comme sujet.
&lt;br /&gt;Combattre pour vivre ouvre à l'expérience de la traversée.
&lt;br /&gt;De l'humiliation à l'humus de l'humilité qui dégage le sujet de l'emprise réductrice et lui fait reconnaitre sa propre dignité inaliénable, de la désolation et de l'abandon à la solitude rejointe par un geste de sollicitude, il y a des trajectoires qui disent, chacune à leur manière et selon la spécificité des situations : « Relève toi ». Tu es vivant, il y a un possible.
&lt;br /&gt;Ne pas s'identifier à l'humiliation imposée.
&lt;br /&gt;Apprendre des bas-fonds que l'humain est là aussi.
&lt;br /&gt;Tomber dans les abîmes défait nos représentations et révèle que nos constructions jusque-là étaient en porte à faux. Ce qui est compris alors ne peut pas s'oublier.
« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;En ces bas-fonds, une création peut commencer et l'on devient proche les uns des autres&lt;/i&gt; »
(Maurice Bellet). Il n'y a pas d'homme condamné.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quelques uns ont traversé. Il est donc possible pour nous aussi de vivre.
&lt;br /&gt;« La traversée de la nuit », Geneviève Anthonioz-de Gaulle
&lt;br /&gt;« La traversée de l'en-bas », Maurice Bellet
&lt;br /&gt;« La traversée du Yabboq », Genèse 32, 23-33
A partir du Yabboq et du combat avec l'Autre, Jacob est béni, il traverse et désormais boitera. Sa chair est affectée par ce combat. Son identité est re-nommée. Il sera appelé Israël et conduira le peuple. Du c&#339;ur de sa propre traversée, il reçoit mission pour le peuple.
&lt;br /&gt;La traversée de l'un ouvre un sillage pour les autres.
La traversée de l'Eucharistie continue à résumer et rassembler ces traversées humaines en célébrant la mort et la résurrection du Christ et notre foi en Lui que nous reconnaissons comme le Vivant à jamais et dont nous espérons l'Esprit en partage pour habiter ce monde.
&lt;br /&gt;Aujourd'hui, il s'agit d'éduquer les humains pour qu'ils supportent le chaos intérieur, et acceptent de vivre l'équilibre fragile qui s'invente en marchant. Sauvegarder ensemble la capacité de penser et découvrir que l'Evangile redonne cette possibilité du gué.
&lt;br /&gt;Aujourd'hui, acteurs en première ligne ou participants dans l'ombre d'ATD, de l'ACAT, de divers groupes de parole,... ou chrétiens célébrant l'eucharistie, tous participent de ce même mouvement : ouvrir un chemin pour qu'aucun homme ne désespère.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;2- La fonction du Droit et la force des Droits de l'homme&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Guy Aurenche nous a rappelé que la fonction du Droit est de garantir les libertés et par là de ré-humaniser les situations où les libertés n'ont pas été respectées parce que l'abus de pouvoir s'est imposé sur les plus vulnérables.
&lt;br /&gt;Les Droits de l'homme affirment dans la Déclaration que « les peuples ont proclamé leur foi en la dignité des peuples et des hommes ». La dignité est formulée comme un acte de foi.
&lt;br /&gt;Ces Droits de l'homme sont un ensemble de droits et de devoirs, véritable outil adapté à l'étape actuelle de la mondialisation. Ils sont là pour redire que tout pouvoir a sa limite.
&lt;br /&gt;Chaque homme est responsable de la manière dont ces textes sont appliqués.
&lt;br /&gt;La politique ne peut pas se construire sur l'humiliation des hommes et des peuples.
&lt;br /&gt;Il nous faut continuer ensemble à organiser le cri face à l'inacceptable. Quand le cri devient le lieu de solidarité, il rend la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;3- L'éthique de conviction et l'éthique de responsabilité&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;La distinction établie par Max Weber est trop souvent mal employée.
&lt;br /&gt;Il n'est pas rare que nous y ayons recours d'une part pour placer les militants, les philosophes et les théologiens du côté de l'éthique de conviction, d'autre part les décideurs politiques et les acteurs de terrain du côté de l'éthique de responsabilité. Cette opposition est néfaste car elle renvoie dos à dos deux dimensions de l'expérience humaine alors qu'il nous faudrait les articuler...à cause même de l'éthique.
&lt;br /&gt;En refusant de les opposer, nous soulignons qu'une dynamique commune les relie.
&lt;br /&gt;Convictions et valeurs inspirent une certaine vision de l'action. Agir et assumer la responsabilité de son action (dans ses conséquences prévisibles et imprévisibles, à court et long termes) devient le lieu de vérification du rapport de la conviction à la réalité. L'action ne cesse d'interroger la conviction, qui à son tour doit faire la preuve de son inspiration et de son adéquation aux situations évaluées, et dans le cas contraire se remettre en question. C'est ce mouvement qu'il nous faut garantir les uns par les autres et non les uns contre les autres. De cette synergie dépend la fécondité et de la conviction et de l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;4- L'homme créateur et responsable&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Dans le monde d'aujourd'hui marqué par la complexité de ses enjeux, nous avons à tenir notre place. Au carrefour du droit, des sciences biomédicales, de l'éthique et de la démocratie, le champ de la responsabilité demande à être exploré à nouveaux frais. Un discernement est à accomplir pour repérer qui répond (quels sont les sujets en présence ?), de quoi (quels sont les actes posés ?) et devant qui (quelle instance d'autorité est reconnue comme légitime ?).
&lt;br /&gt;Face au développement des biotechnologies, le Comité Consultatif National d'Ethique avait rappelé il y a quelques années qu'il ne s'agit ni d'arrêter le progrès ni de revenir en arrière, mais de chercher ensemble à « prévoir l'imprévisible pour prévenir l'irréversible ».
Tandis que les connaissances nouvelles nous permettent de repousser les limites de l'ignorance, il importe d'encadrer les techniques rendues accessibles en évaluant leurs enjeux tant individuels que collectifs.
&lt;br /&gt;Dans ce contexte de progrès des connaissances et de volonté de réguler les pratiques, nous nous trouvons dans la situation de devoir supporter plusieurs types de tensions : entre les faits et la critique argumentative, entre la pluralité des situations et l'universel de la condition humaine, entre le pragmatisme et la métaphysique...
&lt;br /&gt;Dans ce monde où nous assistons à un certain brouillage des frontières, je vous propose de retenir que « l'éthique est une optique » (E.Lévinas). Elle traverse les différents niveaux de réalité et les disciplines pour interroger inlassablement sur ce qu'il en est d'un plus grand respect de l'humanité de l'homme en chaque homme. Elle pointe en cela la responsabilité de chacun et appelle la mise en &#339;uvre de ressources parfois insoupçonnées. Elle nous garde sur le qui-vive.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Après Catherine Perrotin, le P. Vincent Leclercq nous introduit à son tour au thème d'aujourd'hui.&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Augustin a mis le Christ au centre de sa vie. Le Christ était pour lui non seulement une manière de penser mais aussi une manière de vivre. Aujourd'hui, il est essentiel de « parler christiquement » de la vie des hommes. En effet, nous sommes envoyés pour porter la Bonne Nouvelle d'une libération possible. C'est ainsi que nous relèvons les défis et concrétisons les chances de notre temps : droits de l'homme, médecine, économie, écologie... Les témoignages ont abondé durant ces quatre jours.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Après avoir magnifiquement illustré ce premier point, « parler christiquement » de la vie des hommes, Maurice Bellet nous suggérait aussi de parler de Dieu et même de parler à Dieu. Alors que nous reprendrons dés demain le chemin du travail ou retrouverons les lieux de nos vies, cette UEA nous interroge. Le moment ne serait-il pas venu de parler moins timidement ou moins prudemment de Dieu ? Voilà une question théologique, qui reconnaissons-le a des répercussions très concrètes sur la manière de nous raconter et de vivre ensemble...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour Augustin, ce qui fait toute la différence entre vertu et vice [...] est précisément « que ce n'est pas quelque chose venant de la chair elle-même qui donne vie à la chair, mais quelque chose au dessus de la chair, de même ce qui donne à l'homme de vivre heureux ne vient pas de l'homme mais est au-dessus de lui » (extrait de la Cité de Dieu, Livre XIX, chapitre 25). Quelle affirmation de la transcendance ! S'il avait assisté à cette UEA « Raconte moi l'homme », Augustin aurait-il pensé que nous avons suffisamment parlé de Dieu ou parler à Dieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Reprenons une dernière fois cette image du serviteur souffrant dans le quatrième Evangile (Jn 19, 5). Cet homme Jésus est devant Pilate, il est&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sans défense
&lt;br /&gt;Sans voix
&lt;br /&gt;Sans avenir
&lt;br /&gt;Sans amis
&lt;br /&gt;Sans nom, ni même un matricule
&lt;br /&gt;Sans visage humain&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et de Lui, l'Ecriture dit « Voici l'homme ! ». Cet homme et pas un autre est seul capable d'accomplir toutes les prophéties de l'Ecriture. C'est LUI qui incarne le présent et l'avenir de la communauté. C'est LUI qui apparaît étonnamment maître et responsable de son destin. C'est autour de cette figure « défigurée » que se cristallisent tous les enjeux de l'identité humaine. Défiguré et souffrant, c'est lui le véritable serviteur.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'expérience de la souffrance ou de l'exclusion a vocation du service de tous. « La souffrance doit être une mise en route » nous disait hier Marie-Hélène Boucand, médecin et malade, dans l'un des ateliers. En Christ, nous avons toute ressource pour imaginer cet avenir qui est le nôtre. Un avenir, où je l'espère, l'on pourra encore parler de Dieu et à Dieu, surtout quand nos routes viennent à croiser le scandale de la souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a beaucoup de serviteurs parmi ceux que nous aimons. Merci à eux de ce service : ils nous racontent l'homme et nous permettent de parler à Dieu face-à-face.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Catherine Perrotin, Vincent Leclercq</author>
		<dc:date>2006-10-13T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Catherine Perrotin, Vincent Leclercq</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>Soirée : &quot;Homo Sapiens&quot;</title>
		<link>http://www.univete-assomption.org/2006/article.php3?id_article=43</link>
		<date>2006-09-21 14:18:00</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Raconter l'homme, c'est bien sûr aborder entre autres la question de ses origines. Ce que nous sommes
aujourd'hui, nous le sommes devenus, façonnés par des millions d'années d'évolution biologique et
culturelle. C'est de cette naissance, contée de mille et une façons depuis la nuit des temps et revisitée
aujourd'hui par la science, dont il est tout d'abord question dans les lignes qui vont suivre. Au sein de
cette quête s'en dessine une seconde, qui lui répond comme en miroir et que nous traiterons dans la
seconde partie de ce texte : quelle est la place de cette capacité de récit, de cette aptitude à raconter le
monde pour mieux en faire sens, dans cet espace ouvert, jamais correctement défini, qu'est notre
Humanité ?&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Raconter les origines, une question ancienne et universelle...&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La question des origines de l'homme n'a pas née avec le développement des approches scientifiques
ou des courants les plus modernes de la pensée. Il en est fait mention dès les premiers documents
écrits de l'Antiquité, et il n'est pas absurde de penser qu'elle occupait déjà les esprits de nos ancêtres il
y a plusieurs dizaines de milliers d'années.
&lt;br /&gt;Cette question est non seulement intemporelle, mais encore universelle. Il n'est pas de peuple, de
civilisation qui ne se pose aujourd'hui la question de ses origines et n'y apporte des réponses qui
reflètent à la fois la profonde unicité cognitive de notre espèce et la diversité de ses cultures.
&lt;br /&gt;Parmi la foison de mythologies et de religions qui s'offrent à nous, les aborigènes australiens évoquent
le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dream Time&lt;/i&gt; ou &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Temps du Rêve&lt;/i&gt;, le temps de la naissance du monde et de ses multiples habitants. Ils
transmettent de générations en générations l'histoire de Warramungunji, première femme arrivée d'audelà
de l'océan pour enfanter en Australie, et qui répartit ses enfants en différents territoires, leur
confiant des langues différentes pour façonner en partie leurs identités respectives.
&lt;br /&gt;Les /Gui du Botswana croient eux en deux êtres suprêmes, !Nari et //Gama, le premier créateur de
l'univers et le second source du mal et de la malchance. Toutes les affaires qui dépassent
l'entendement humain découlent des desseins mystérieux de //Gama, qui est parfois décrit dans les
mythes comme un filou jouant avec les ancêtres de différentes espèces animales d'aujourd'hui.
&lt;br /&gt;Les Cuiva d'Amérique du Sud, qui vivent à la frontière entre Colombie et Venezuela, auraient quant à
eux émergé des profondeurs du sol en des temps reculés. Depuis ce temps, la vie se déroule comme un cycle sans fin, et la naissance d'un enfant est vue comme le retour de l'âme immatérielle d'une
personne précédemment décédée. Cette âme avait attendu son heure dans la Voie Lactée, où se
condensent les fumées des crémations des morts.
&lt;br /&gt;Ces histoires, et des centaines d'autres, aux origines lointaines et incertaines, ont toute quelque chose
en commun : celle d'être, génération après génération, au centre de la vie de nombreuses
communautés. En leur fournissant des repères auxquels se référer, en leur permettant de s'approprier
et de partager une histoire, elles participent à la quête de chaque être humain de trouver un sens à son
existence.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quelles origines pour l'Homme, quelles origines pour le langage ? Ces deux quêtes vont souvent de
pair, signe probable que nous percevons tous le rôle que tient au sein de notre humanité le langage,
notre système de communication, si particulier et si distinct de ce que nous observons dans le reste du
règne animal. Comme si notre intuition nous suggérait que c'est bien avant tout grâce à lui, à sa
richesse et son expressivité, quelle que soit la langue étudiée, que nous pouvons échanger et créer
ensemble les conditions de notre existence.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le récit chrétien des origines ne fait pas exception à cette emphase vis-à-vis du langage, et nous offre
un exemple de la relation intime qu'il est possible de lui faire nouer avec la Création. Ainsi les
premières phrases de l'Evangile selon saint Jean :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu. Et le Verbe était Dieu. »&lt;/i&gt; (Evangile selon saint Jean 1, 1-3)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le langage et le Créateur se confondent, habitent un espace initialement vide et clos sur eux, mais qui
sera bientôt empli selon la volonté de Dieu. Les mots sont alors si puissants que leur seule énonciation
engendre les premiers éléments du monde :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Or la terre était vide et vague, les ténèbres
couvraient l'abîme, un vent de Dieu tournoyait sur les eaux. Dieu dit : Que la lumière soit et la
lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière et les ténèbres. Dieu appela
la lumière jour et les ténèbres nuit. Il y eut un soir et il y eut un matin : premier jour. »&lt;/i&gt; (Genèse 1, 1-5)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une telle puissance de la langue se retrouve dans d'autres traditions, et surpasse parfois le divin. La
parole des sept rishis - les sages de l'Inde initiés aux secrets du monde par Brahman lui-même et qui
ont transmis ses enseignements dans les Vedas ou d'autres textes comme les Upanishads - est ainsi si
puissante que même les Dieux ne peuvent aller à l'encontre de ses effets.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il n'est pas tout à fait exact de dire que nos ancêtres au cours de l'Antiquité ou du Moyen Age se
posaient la question de l'origine du langage. Plus précisément, ils ne la considéraient pas dans le
contexte scientifique et historique qui est le nôtre. La langue première, la langue initiale, souvent
considérée comme le don d'un ou de plusieurs Dieux aux hommes - dans la religion chrétienne, on
parle parfois de langue &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;adamique&lt;/i&gt; -, voici ce qui était l'objet de convoitise. Comment retrouver la
première de toutes les langues ? S'agissait-il de l'hébreu, de l'égyptien ou d'une autre langue
disparue ? Pourquoi tant de langues, s'il n'en existait initialement qu'une seule ? Les hypothèses ne se
sont jamais taries, chacune enracinée dans son époque et sa culture. Il serait pertinent ici de rappeler
l'allégorie bien connue de la Tour de Babel, l'épisode de la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;confusio linguarum&lt;/i&gt;. Nous en choisirons
une autre, qui lui fait écho d'une façon presque mystérieuse. Chez les Indiens Quiché-Maya du
Guatemala, une assemblée de Dieux façonne l'Homme. Quelque peu inquiets du potentiel de leur
création, ces Créateurs soufflent un brouillard opaque devant son regard pour la prémunir de trop
grandes visions. Mais les hommes croissent, travaillent ensemble, et gagnent en puissance. À nouveau
soucieux de tant de pouvoir, les Dieux réduisent cette fois à néant leurs efforts de coopération et leurs
rêves de grandeur en les dispersant sur de vastes territoires et en les dotant de langues inintelligibles
les unes avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pendant longtemps, les conceptions sur nos origines ou sur celles du langage se sont ainsi inscrites
dans des conceptions mythologiques, religieuses ou métaphysiques plus vastes, sans se soucier d'une
approche « scientifique » du problème qui n'avait pas encore acquis ses lettres de noblesse.
Néanmoins, il serait erroné de croire qu'aucun ne chercha jamais à vérifier certaines hypothèses par le
biais d'expériences. On se remémorera ici les expériences du pharaon Psammétique Ier au VIIme siècle
avant notre ère, rapportées par Hérodote dans son &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Enquête&lt;/i&gt;. Pour déterminer quelle langue parmi celles
qu'il côtoyait à son époque était la première de toutes, il avait confié deux nouveau-nés à des bergers,
avec le devoir de les élever avec soin mais de les priver du moindre mot. L'espoir était de voir ainsi
apparaître, dans des bouches vierges de toute contamination linguistique, les mots de la langue
originelle. Le mot becos que les enfants prononcèrent, et qui signifiait pain en phrygien, aurait
convaincu le monarque de la primauté de cette langue... De telles expériences, à l'éthique plus que
discutable, furent en fait menées plusieurs fois au cours de l'histoire, de la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Gang Mahal&lt;/i&gt; ou « Maison
des Idiots » d'Akbar le Grand en Inde aux tentatives de l'empereur Frédéric II de Hobenstaufen. Elles
furent souvent sujettes à des espoirs inavoués, que masquaient des interprétations un peu hâtives.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Une histoire scientifique des origines de l'homme et du langage&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui, une histoire guidée par la science, ses principes et ses méthodes d'investigation aiguisés
au cours des derniers siècles, tend de plus à plus à remplacer les récits alternatifs et « traditionnels ».
Que nous dit-elle de nos premiers ancêtres, de leur mode de vie, de leurs errances ou de leurs succès ?
Comment, en ce début de XXIme siècle, a-t-elle renouvelé les conceptions antérieures, tantôt les
absorbant, tantôt les invalidant ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette histoire, racontée de la façon la plus objective qui soit, et avec toutes les précautions nécessaires,
ne gagnerait jamais aucun prix littéraire. Imaginez un livre où des pages entières demeureraient
vierges, et où des hypothèses en compétition nécessiteraient l'écriture d'un même chapitre selon
quinze perspectives différentes... Notre connaissance des origines de l'Homme est encore très
imparfaite. L'arbre des espèces humaines ou pré-humaines est poinçonné d'interrogations. Les
comportements de nos ancêtres nous sont encore en bonne partie inconnus, de même que tout ce qui
pouvait en fait constituer leurs vies.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Après avoir insisté sur la place du langage dans une éventuelle définition de ce qu'est l'Homme, il est
juste de lui accorder la place qui lui revient dans les paragraphes qui suivent. Nous allons ainsi, pour la
clarté de notre propos, nous attarder sur les questions qui l'entourent. Toutefois, il est bon de garder à
l'esprit que ce qui peut être dit de lui peut se transposer à nombre de capacités cognitives des êtres
humains d'aujourd'hui, et nous amener à réfléchir d'une façon plus large à la genèse de l'esprit
humain.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quand ? Comment ? Pourquoi ? Aucune des grandes questions concernant la mise en place de notre
système de communication n'est entièrement résolue.
Le langage est-il seulement apparu récemment, pour peu que cet adverbe soit adapté à décrire une
période de temps de cent mille ou deux cent mille années ? Est-il apparu au contraire il y a quelques
millions d'années, chez nos ancêtres plus lointains comme Lucy, la célèbre australopithèque
découverte par Yves Coppens et ses confrères ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Est-il apparu soudainement, à la suite d'une mutation génétique majeure, se répandant ensuite telle une
trainée de poudre de quelques individus à l'ensemble de la population d'alors, sélectionné par les lois
de l'évolution pour ses indéniables qualités ? Ou au contraire, et plus probablement, s'est-il
graduellement installé chez les hommes, évoluant de formes de communication rudimentaires aux
langues modernes dans toute leur sophistication ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Est-il apparu, lui ou ses formes intermédiaires, parce qu'il conférait des avantages évidents à ses
détenteurs, accroissant leur maîtrise de l'environnement et augmentant leur capacités de survie et de
reproduction ? Mais si tel est le cas, et à la lumière de ce que Darwin et ses successeurs nous ont
appris, pourquoi d'autres espèces que celles du genre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Homo&lt;/i&gt; - le genre humain - n'en ont-elles pas
bénéficié ? L'évolution a pourtant l'art de mettre au jour les stratégies gagnantes : n'a-t-elle pas
conduit l'aile à se développer de façon indépendante chez les insectes, les oiseaux et les mammifères ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quels étaient les sujets de conversation de nos ancêtres ? Y avait-il alors plus ou moins de langues
qu'aujourd'hui ? &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; apprenait-il parfois les langues de l'Homme de Neandertal, comme
cela est suggéré par le docu-fiction &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« Homo sapiens »&lt;/i&gt;, ou inversement ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On le voit, aucune crainte de tomber à cours de questions en suspens ! Et les controverses plus ou
moins virulentes de persister dans les mondes académiques... Une question, toutefois, mérite d'être
posée et décortiquée avant toutes les autres, et ce d'autant plus que l'on aborde le domaine de la
préhistoire en nouveau conquérant : comment procéder ? Comment étudier les origines du langage et
de la cognition moderne ? De telles interrogations restent absentes du docu-fiction &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« Homo sapiens »&lt;/i&gt;,
et méritent d'autant plus que l'on s'y arrête.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'expression consacrée est la suivante : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« le langage ne fossilise pas »&lt;/i&gt;. Le cerveau, composé de
matière molle, ne résiste guère à l'érosion du temps, et les restes humains de la préhistoire ne sont
jamais composés que d'os ou de dents. Aucune trace directe dès lors de l'organisation cérébrale de nos
ancêtres, même si la forme globale de la boîte crânienne ou quelques marques laissés par les vaisseaux
sanguins plaqués contre elles nous renseignent un peu de manière indirecte. Pas de restes de cerveau
donc, quelques indices indirects toutefois, mais le problème est de toute façon plus profond : le
langage, tout comme nombre d'activités culturelles, n'appartient pas au domaine du matériel, et
s'évanouit avec le temps qui passe au fur et à mesure que s'égrènent les mots supposés de nos
ancêtres. Même avec des cerveaux ancestraux en parfait état, nos connaissances de la
neurophysiologie ne nous conduiraient pas bien loin.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Faute de machine à remonter le temps ou de magnétophones paléolithiques, il n'existe donc pas
d'indice direct du langage au cours de la préhistoire. Pour le linguiste et ses confrères abattus par une
telle fatalité, il reste toutefois une issue au problème. Elle consiste à travailler à l'aide d'indices
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;indirects&lt;/i&gt; du langage, à savoir les découvertes archéologiques et ce qu'elles nous apprennent de la vie
de nos ancêtres. Que peut-on dire du système de communication de nos ancêtres à partir des restes
matériels, corporels ou non, qu'ils ont produits, telle est la question. Qui dit approche indirecte dit
également suppositions, interprétations, incertitudes. Les risques de s'égarer, de reconstruire une
réalité illusoire sont importants, et appellent donc à une grande prudence et à un grand sérieux
méthodologique. Face à cette difficulté, il est particulièrement pertinent de réfléchir ensemble aux
questions qui résistent à chacun enfermé dans sa propre discipline. Cette mise en commun d'acquis de
chercheurs d'horizons différents, linguistiques, archéologues, paléoanthropologues mais aussi
éthologues, informaticiens, philosophes, psychologues etc. s'est particulièrement développée au cours
des dernières années, et porte ses fruits.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour être un peu plus précis, nous allons considérer brièvement deux classes d'indices indirects du
langage : les indices anatomiques et les indices comportementaux.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Les indices anatomiques du langage&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les indices anatomiques sont des dispositions physiologiques de nos ancêtres, à différentes périodes
du passé, observées lors de la découverte de différents fossiles, qui laissent penser qu'ils avaient à
disposition un langage articulé complexe. Le développement du cerveau et en particulier des aires du
langage, partiellement accessibles comme mentionné ci-dessus, en est un exemple, mais d'autres
éléments comme la maîtrise fine de la respiration ou le contrôle moteur de la langue ont été étudiés par
les scientifiques. De telles aptitudes sont indispensables pour produire les sons des langues actuelles, et leur mise en place au cours du passé permet donc de poser une limite inférieure - &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« avant, il n'était
pas possible de... »&lt;/i&gt; - pour le développement des langues telles que nous les connaissons. Toutefois,
l'indice qui a connu le plus d'échos au sein de la communauté scientifique, et entrainé les débats les
plus sophistiqués concerne la descente du larynx.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le larynx est une cavité de notre appareil de production de la parole, et joue un rôle important dans la
formation des sons que nous produisons et combinons pour former nos mots et nos phrases, et ce
quelle que soit la langue. Dans les années 1970, deux chercheurs, Philip Lieberman et Edmond Crelin,
ont proposé qu'un aspect fondamental de la production de la parole soit la position basse ou haute du
larynx dans le tractus vocal. À l'aide de modèles de production de la parole, il apparaît en effet pour
eux qu'un larynx en position haute ne permet pas la réalisation des sons extrêmes des langues
modernes. Or, si les hommes et les femmes adultes ont un larynx en position basse, ceci n'est pas le
cas des jeunes enfants ou des chimpanzés. Ce n'était pas non plus le cas de l'Homme de Néandertal,
pour lequel des reconstructions du tractus vocal suggèrent également une position haute du larynx. Le
langage articulé se serait donc développé très récemment avec l'abaissement du larynx chez notre
espèce, et non dans les espèces antérieures.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La théorie de P. Lieberman et E. Crelin est aujourd'hui battue en brèche par plusieurs contreexpertises
qui ont attaquées différents aspects du scénario des deux chercheurs :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; leurs reconstructions du larynx de l'Homme de Neandertal étaient vraisemblablement
erronées, comme de nouvelles découvertes de fossiles - un os hyoïde pour être précis - au
Proche-Orient l'ont suggéré ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; de nouveaux modèles mathématiques et informatiques de production de la parole indiquent
que la position haute du larynx ne gêne pas réellement la production de sons extrêmes ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; certaines espèces comme les daims, dont le larynx se trouve au repos en position haute, sont
capables de descendre celui-ci de façon dynamique de façon à abaisser la fréquence de leur
« voix ». Ceci leur permet de se faire passer pour plus volumineux qu'ils ne sont auprès des
animaux qui les entendent, puisqu'une fréquence basse trahit normalement un corps massif.
Des fossiles n'indiquent que la position au repos d'une part, et en outre, cet exemple fournit
un autre motif à l'abaissement du larynx que la production du langage ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; même avec un petit inventaire de sons, il est possible de construire un système de
communication fort complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Parmi les différentes hypothèses que nous suggèrent ces remises en question, il est tout à fait possible
d'envisager que nos ancêtres disposaient de la possibilité d'abaisser leur larynx de façon dynamique,
pour paraître plus massifs qu'ils n'étaient et pour communiquer. Ce dernier n'aurait pris sa position
inférieure permanente que lors d'une étape évolutive finale, chez notre espèce ou chez une espèce
humaine antérieure.
&lt;br /&gt;Certains chercheurs, que d'aucuns jugeront ici facétieux, ont mis en avant d'autres possibilités :
pourquoi nos lointains ancêtres ne communiquaient-ils pas avec les mains plutôt qu'avec la parole ?
Les langues des signes modernes ne sont en aucun cas structurellement inférieures à leurs homologues
orales. Cette hypothèse, déjà émise à la fin du XIXme siècle, est toujours considérée avec intérêt
aujourd'hui, et rend encore un peu plus délicate l'élaboration d'un scénario plausible pour le
développement du langage articulé....&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Même à l'abri d'éventuelles erreurs de reconstruction physiologique, l'exemple précédent est
l'illustration qu'un danger majeur incite à la prudence quant aux indices anatomiques du langage :
celui d'évincer un peu trop rapidement des alternatives à un scénario qui lie intimement l'organe à la
fonction. Cette dernière parenté n'est jamais sûre, puisqu'elle ne peut être vérifiée directement. Ceci
nous conduit à favoriser le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;moyen&lt;/i&gt; utilisé pour communiquer, alors qu'il est plus central de comprendre le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;contenu&lt;/i&gt; des échanges. Ce que pouvaient échanger nos ancêtres plus ou moins proches repose bien
sur un socle physiologique, mais aussi et avant tout sur un univers mental partagé.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces contraintes et limites ne doivent pas conduire à l'abandon de recherches qui peuvent se révéler
fructueuses, mais plutôt nous amener à envisager d'autres pistes. Les indices comportementaux du
langage sont une de celles-ci.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Les indices comportementaux du langage&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les indices comportementaux du langage peuvent être définis comme des découvertes archéologiques
qui suggèrent que pour que le comportement révélé par ses traces matérielles soit possible au sein
d'une population, ces membres devaient disposer d'un système de communication proche de celui que
nous connaissons aujourd'hui. Ces indices ont l'avantage d'être en prise plus directe avec les capacités
mentales des individus et leur réalité culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De très nombreux comportements de nos ancêtres ont été discutés en lien avec la nécessité d'un
système de communication sophistiqué, dont nous ne pouvons préciser toutes les finesses : de la
maîtrise du feu aux premières traversées maritimes évoquées dans le docu-fiction, des peintures ou
gravures aux premiers pendentifs de coquillages percés, la liste est longue. Une nouvelle fois, nous
n'allons nous appesantir que sur un cas spécifique, mais qui a l'avantage de rejoindre tous les autres
dans ses apports et ses limites : les premières sépultures.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De nombreuses sociétés actuelles offrent une dernière demeure et diverses offrandes à leurs défunts.
Différentes raisons peuvent entrer en jeu, du souvenir « matériel » de la personne décédée et de sa
place dans la société ou dans les c&#339;urs - on songera ici respectivement aux pyramides et au Taj Mahal
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; au don d'objets qui accompagneront le défunt dans sa vie après la mort - armes du défunt mâle pour
son entrée au Walhalla chez les vikings ou pièce de monnaie placée autrefois dans la bouche des morts
égyptiens pour payer leur obole à Charon, le passeur du Styx. Quels que soient la raison particulière et
son contexte social et historique, toutes ses situations partagent un point commun : celui d'envisager
de façon religieuse ou métaphysique une vie après la mort, un au-delà qui échappe à nos perceptions
directes mais où se déploie une réalité alternative à celle dont nous faisons l'expérience.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les premières sépultures au cours de la préhistoire font couler beaucoup d'encre des stylos des
paléoanthropologues qui s'accordent, lorsque le caractère religieux est clairement établie, à leur
concéder un pouvoir très significatif dans la prédiction des capacités mentales et langagières des
individus concernés. En effet, concevoir une vie après la mort semble nécessiter deux aptitudes : tout
d'abord, une pensée abstraite, apte à manier les symboles que sont par exemple les offrandes, et
dégagée de l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ici et maintenant&lt;/i&gt; du monde visible. Ensuite, un système de communication apte à
véhiculer les raffinements de cette pensée au sein d'un groupe d'individus, leur permettant d'établir
ensemble les fondements d'une communauté de pensée sur de tels thèmes. Les premières sépultures
seraient ainsi la marque de la pensée humaine dans toute sa modernité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bien entendu, tout ceci ne va pas sans difficultés, et les experts sont souvent en désaccord sur les
premières sépultures de notre espèce et sur celles, éventuelles, d'autres représentants du genre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Homo&lt;/i&gt;.
Un premier problème est de distinguer les enterrements intentionnels des enfouissements accidentels.
Avec le poids des millénaires et les lentes mais sûres transformations des sols, accumulation des débris
et interpénétrations des couches de matériaux, il est parfois difficile de distinguer le recouvrement
d'un corps de façon naturelle d'un enterrement volontaire. Le fouissement de certains animaux
brouille en outre parfois les cartes. L'intentionnalité établie, le second problème qui se pose est celui
des motivations de nos ancêtres : ont-ils enterré tel corps mis au jour par les archéologues pour des
motifs religieux, ou pour d'autres raisons ? Il est plus que raisonnable de se débarrasser d'un corps en
décomposition, à l'odeur difficile à supporter et vecteur de maladies ; point n'est dès lors besoin de
faire appel à des raffinements de l'esprit pour expliquer qu'un trou ait été creusé dans le sol pour se
débarrasser d'une dépouille. Pour opérer la distinction comme il convient, les spécialistes sont ainsi
extrêmement sensibles à la présence d'offrandes, au dépôt de larges pierres au-dessus du corps ou encore à la position de celui-ci, éventuellement révélatrice de certaines conceptions sur la vie et la
mort - une position f&#339;tale pour indiquer un retour aux origines de la vie, les mains placées jointes
pour protéger certaines parties du corps etc.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les problèmes abordés ici reposent sur une difficulté inhérente à tous les indices comportementaux,
celle de la nécessité d'un double processus d'inférence : il s'agit d'abord de passer de restes matériels
au possible comportement qui les produit, et de ce comportement aux conditions culturelles,
cognitives et langagières qui le sous-tendent. Les risques d'égarement n'en sont que plus forts. Le
risque est grand de projeter des idées modernes sur des existences qui ne l'étaient pas, de concevoir
des conditions de vie illusoires, et de surévaluer ou au contraire sous-estimer certains de nos ancêtres
pour des raisons discutables. Il convient donc de faire montre d'une très grande précision dans les
analyses, et de rester très prudent quant aux conclusions. Un obstacle de taille qu'il nous reste à
mentionner est l'adage selon lequel l'absence de preuves n'est pas la preuve de l'absence : ce n'est
pas, par exemple, parce qu'on ne découvre pour eux aucune sépulture que certains de nos ancêtres ne
pratiquaient pas une pensée religieuse. L'exemple de la crémation des corps chez les hindouistes ou
d'autres communautés est un exemple qui impose sa force de conviction de lui-même. Les productions
ou restes matériels ne sont qu'une facette d'une vie ancrée dans la culture, et il est bien connu que
certaines populations actuelles de chasseurs-collecteurs ne laissent que très peu de traces solides
« tangibles » de leur existence, malgré une richesse culturelle en tout point comparable à la nôtre.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Quelques questions majeures et d'actualité&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans le flot des incertitudes, les spécialistes de l'Homme et de ses premiers pas s'accordent sur
quelques points majeurs : la très grande majorité accepte l'idée selon laquelle les hommes et femmes
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; qui peuplaient la Terre il y a près de 45 000 ans étaient en tout point identiques à nous ; un
de leurs enfants n'aurait pas eu plus de mal à suivre à l'école ou à apprendre à surfer sur Internet que
la jeune génération d'aujourd'hui. Un grand nombre se rassemblent autour d'une évolution graduelle
des capacités cognitives humaines le long des espèces qui ont précédé la nôtre : l'idée d'un large fossé
entre des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; raffinés et des Hommes de Neandertal massifs et stupides a ainsi par exemple
fait son temps.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Toutefois, de nombreux aspects restent à être élucidés :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; Quelles pouvaient être les formes des premières langues de nos ancêtres il y a 1 ou 2 millions
d'années ? Les films comme ceux d'Yves Malaterre les représentent parfois poussant des
grognements, mais comment savoir ? Est-il possible, à l'aide de comparaisons entre les
langues actuelles, de remonter dans le temps vers les premières langues d'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; il y a
plusieurs dizaines de milliers d'années ? Et avant ?
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; Quelles différences distinguent &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; de ses prédécesseurs ? Si l'écart n'est pas si
important qu'on a pu l'imaginer, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Homo erectus&lt;/i&gt; était-il capable d'une pensée religieuse ?
Naviguait-il sur les océans ? Recourait-il à des pendentifs ou autres objets de parure pour
signifier sa position sociale au sein d'un groupe ? Quelle était l'étendue de son aptitude à
maitriser un univers de symboles ? Pourquoi l'Homme de Neandertal s'est-il éteint peu après
l'arrivée de notre espèce sur ses terres ?
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; Si une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Révolution Symbolique&lt;/i&gt; semble s'être produite pour notre espèce il y a environ 50 000
ans, que s'est-il passé entre l'émergence de notre espèce et celle-ci, sur un plan culturel et
éventuellement sur le plan biologique ? Cette révolution n'est-elle qu'un artéfact de la plus
grande attention consacrée aux sites européens pour des raisons historiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On pourrait allonger la liste presqu'à loisir. Nous ne mènerons toutefois pas plus avant ce
recensement, et tenterons à la place de prendre un peu de hauteur, en soulignant les difficultés les plus
centrales soulevées par toute quête des origines.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;De la difficulté de penser les origines&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est intéressant d'envisager les convergences et les divergences entre les précédents paragraphes de
ce texte et le docu-fiction &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« Homo sapiens »&lt;/i&gt;. Ce dernier est un récit de nos origines, éclairé par le
savoir scientifique dont nous disposons aujourd'hui. Visionner le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;making of&lt;/i&gt; de ce projet nous apprend
clairement quelle a été la démarche des scénaristes : à partir des indications des spécialistes, tenter de
raconter l'histoire de notre espèce à travers les événements ou étapes clés qui ont jalonné son(sa)
(pré)histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette démarche scénaristique est nécessaire : pour rendre l'histoire captivante, susceptible de capturer
l'attention d'un large public, il est impossible de rendre compte en détail de toutes les hypothèses
scientifiques actuelles, au risque d'aboutir à la catastrophe littéraire, ici plutôt audiovisuelle, dans les
deux cas narrative, que nous évoquions quelques pages plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une telle démarche rend nécessairement le spécialiste quelque peu ronchon, un peu parfois peut-être
par jalousie et dépit de ne pas avoir été consulté, ou d'avoir vu ses hypothèses mieux prises en compte,
mais avant tout par souci de voir respectée la démarche prudente et hésitante de la science. Combien
de fois peut-il ruminer en son for intérieur : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« ceci n'est pas exact »&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« on n'en sait rien »&lt;/i&gt;, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; ce n'est
pas il y a 100 000 ans, mais entre 75 000 et 150 000 ans »&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« on n'est pas vraiment sûr de cela »&lt;/i&gt; ?...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est que si nous savons plus ou moins exactement aujourd'hui &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;quand&lt;/i&gt; les principales étapes de
l'histoire de notre espèce se sont dessinées, nous ne savons guère &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;comment&lt;/i&gt; elles se sont mises en
place. Quand bien même l'agriculture et la domestication ne remontent qu'à près de 10 000 ans,
presque le temps d'un battement de cils pour le préhistorien habitué aux millions d'années de notre
lignée, aucun argument définitif ne permet à l'heure actuelle de savoir exactement pourquoi elles sont
apparues à cette époque, et pas à une autre ; accroissement du nombre de bouches à nourrir avec la fin
de l'ère glaciaire ? Regroupement et sédentarisation partielle d'individus autour de lieux de culte ? Il
faudra encore être patient pour connaître le fin mot de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Placer l'apparition d'un nouveau comportement dans les mains de quelques individus, au cours d'un
épisode de leur vie qui aurait très bien pu ne jamais se dérouler, est forcément un choix très imagé et
très hypothétique. Néanmoins, à la recherche d'alternatives à un tel procédé, notre pensée se dérobe :
nous sommes habitués à faire sens du monde et à structurer son histoire à la manière d'un récit.
L'évolution des situations se fait par condensation des causes et des effets, grâce à des individus, des
acteurs dans lesquels s'incarnent les changements, qu'ils portent et opèrent par leur volonté. Cette
lecture de l'Histoire peut être, et a été, critiquée par certains ; elle semble refléter avant tout une façon
de penser qui trouve ses racines dans des recoins intimes de notre système cognitif. Le sens est donné
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;a posteriori&lt;/i&gt;, quand il était peut-être plus fugitif au moment même des faits.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Creusons encore un peu cette idée pour affiner notre vision du docu-fiction : à plusieurs reprises, un
événement extérieur, contingent, est ce qui permet à un ou quelques individus de faire une découverte.
La capacité à faire sens de cet événement était déjà présente en eux, mais il manquait l'occasion,
l'Eureka de la découverte. Ceci ne résout pas la question de la mise en place de cette capacité à
comprendre et à intégrer l'événement. Or ceci est justement la question qui importe.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mise en face de l'instant zéro des origines - le moment de l'émergence de quelque chose de
radicalement nouveau - notre pensée s'effondre. Un peu à la manière des équations des physiciens
lorsqu'ils s'approchent trop près du commencement de l'univers, un peu tel Icare trop proche du
soleil. Le langage, la conscience : comment relater, appréhender le moment où leur caractère
réellement nouveau s'est développé dans l'esprit de nos ancêtres ? Comment envisager une demipensée
symbolique, ou un être à demi-conscient, sans accorder soit tout soit rien ? Le spécialiste,
comme le non-expert, est confronté à ce problème ; et souvent, sans s'en rendre compte, il verse en
direction de ce que lui suggère son esprit, à savoir l'individuation des causes et des effets en
événements, acteurs et volontés. Le récit scientifique s'efface devant un récit plus instinctif, plus
compréhensible.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il ne faut dès lors pas être trop critique vis-à-vis des choix du cinéaste, comme le sont parfois certains
savants : peut-être versent-ils parfois dans les mêmes travers, même si leur érudition et leur formation
scientifique les en prémunissent plus longtemps. Certains ont bien une réponse simple et quelque peu
définitive : il s'agit de refuser toute projection, toute interprétation, et se contenter du matériau brut
que sont les données matérielles. Ceci est par exemple le cas pour certaines écoles vis-à-vis des
peintures rupestres et de leur sens. Mais comment ne pas se sentir frustré par une constriction de la
pensée et de la volonté d'en savoir plus ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans la lignée de notre propension à structurer nos origines, nous projetons aussi aisément notre vie
psychologique sur nos ancêtres : nos émotions, du rire à la tristesse, de l'inquiétude à la colère, mais
aussi nos croyances peuplent la vie de nos ancêtres. En jouant sur cette corde (du) sensible, les
scénaristes, une fois de plus, ne traduisent guère qu'une vision très humaine, qui dépasse l'écriture
d'une histoire dans un roman ou un scénario. Il n'est pas question ici de vouloir aller à l'encontre et de
condamner une telle façon de faire : l'unité psychique de tous les êtres humains, au-delà des vernis
culturels, ne saurait être remise en doute, et est probablement née avec notre espèce il y a plus de
100 000 ans. Il convient juste de dire à nouveau que l'élément mystérieux est bien la mise en place de
cette unité de ressentis et de pensée dans les brumes de la préhistoire. Comment concevoir les
expériences et les sensations de nos ancêtres les plus lointains sans les assimiler à ce que nous
connaissons le mieux, à savoir nous-mêmes ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Raconter une histoire, c'est presque toujours la prendre en main. C'est y apporter presqu'autant que ce
que l'on en retire. Raconter les origines de l'homme, c'est ainsi tenter d'habiter son passé, avec
souvent pour tentation de s'occuper de la décoration intérieure, l'intérieur des têtes de ceux qui nous
ont précédé.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Histoire d'origines, origines de l'histoire...&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous nous sommes efforcés de présenter quelques réflexions sur les origines de l'homme et la façon
de les mettre en récit. Cette façon dont l'homme fait sens de ses origines, et plus généralement du
monde, en les structurant à l'aide de stratégies narratives, nous semble un élément digne d'intérêt.
C'est pourquoi nous souhaiterions réfléchir de façon un peu plus approfondie dans la seconde partie de
ce texte sur ces fondements, et sur ce qu'ils représentent au sein d'une histoire et d'une définition de
l'Homme et de l'Humanité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Raconter une histoire, c'est encore créer des liens, des représentations - dans une vision assez
étymologique de ce terme - du monde, et par là-même en faire sens. Cette appréhension spécifique du
monde, nous voudrions défendre l'idée qu'elle est l'unique apanage de l'Homme. Non pas tenter,
comme tant d'autres s'y sont essayé, de définir le seul et unique élément fondateur de l'Humanité.
Mais néanmoins d'insister sur la place particulière de ce rapport au monde, au sein de la mosaïque
d'évolutions qui ont conduit à ce que nous sommes aujourd'hui. Pour ce faire, nous allons nous
intéresser aux comportements d'un animal sans nul doute apprécié du plus grand nombre : la tique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La notion d'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Umwelt&lt;/i&gt; &lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La tique a connu son heure de gloire scientifique à la charnière des XIXme et XXme siècles. À cette
période en effet, Jakob Johann von Uexküll (1864-1994), homme de science estonien et allemand,
s'est attaché à décrire et à comprendre la vie de ce petit insecte. À la suite d'expériences rigoureuses, il
a démontré que cette vie se découpe en une succession d'épisodes très précis, qu'il est possible
d'isoler de la façon qui suit.
Dans une première phase de son existence, et malgré ses différents sens, la tique n'est sensible qu'à la
lumière. Grâce à la photo-sensitivité de sa peau, elle peut se déplacer de lieux de faible luminosité vers des lieux où l'intensité lumineuse est plus grande. Dans un monde dépourvu de lampes de poche, de
lampadaires ou d'écrans de téléphone portable rétro-éclairés, ceci la conduit à se diriger d'une manière
générale vers le haut, c'est-à-dire en direction de la source principale de lumière de notre planète : le
soleil. Le plus souvent, la tique escalade des brindilles jusqu'à en atteindre le sommet ; ne pouvant
alors allez plus haut, elle s'immobilise.
&lt;br /&gt;Quelle peut être l'expérience du temps de la tique ? Ceci reste une énigme des plus mystérieuses, mais
il est clair qu'elle attend désormais autre chose. Arrivée en haut au sommet - même modeste - qu'elle
gravissait, elle a mis de côté son appétence pour la lumière pour focaliser toute son attention sur une
substance chimique bien spécifique : l'acide butyrique. Cet acide est une substance émise par tous les
mammifères, et va indiquer à la tique si une proie potentielle passe à proximité. Lorsqu'elle perçoit
une variation importante de la concentration d'acide dans l'espace qui l'environne, elle se laisse choir
de son promontoire. Si la chance est avec elle, elle va alors tomber sur l'animal, rongeur, renard, être
humain etc. qui passait par là, et entrer dans une troisième phase de sa courte vie. Si elle échoue, un
nouveau changement s'opère dans son comportement : revenue bredouille à son point de départ, elle
retrouve le premier épisode précédent, et se met à nouveau en quête de la lumière. Si au contraire elle
réussit à s'agripper au mammifère, la troisième et dernière phase de son comportement va l'amener à
son objectif final.
&lt;br /&gt;La tique n'est plus maintenant sensible qu'à la chaleur, et l'acide butyrique et la lumière ne recueillent
plus la moindre de ses faveurs. Elle se déplace à la surface du corps de l'animal jusqu'à trouver un des
endroits les plus chauds, et commence alors son festin : la chaleur traduit la proximité du sang sous la
surface de la peau, et la tique ne s'est déplacée que pour trouver l'emplacement le plus favorable à son
repas.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;À partir de son travail sur la tique, Jakob von Uexküll a proposé un concept qui porte le nom
d'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Umwelt&lt;/i&gt;, ce qui pourrait se traduire en français par « le monde autour, le monde qui entoure ». Ce
terme traduit le monde d'expériences subjectif dans lequel vit tout organisme, que ce soit une tique,
une pieuvre, un éléphant ou un être humain. Comme nous l'avons vu, le premier de ces 4 animaux vit
dans un monde de lumière, de substances chimiques et de chaleur. Ces stimuli et leurs variations
constituent le monde qu'il habite et tente de maîtriser à sa façon.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Chaque être vivant possède son propre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Umwelt&lt;/i&gt;. Une raison à cela est tout d'abord que différentes
espèces possèdent des sens différents, ou tout au moins des développements variables de ceux-ci.
Nous connaissons bien sûr les cinq sens humains, et nous avons vu ceux de la tique. Nous pourrions
ajouter que de nombreux organismes basent une partie de leurs comportements sur diverses
phéromones, que d'autres, plus rares, comme les dauphins ou les chauve-souris, pratiquent
l'écholocation, et enfin que certains animaux sont bien mieux équipés que nous pour sentir le monde :
les requins possèdent par exemple, outre les 5 sens qu'ils partagent avec nous, 2 sens supplémentaires
qui leur permettent de détecter les variations de courants électriques ou de concentration de différents
composants chimiques dans l'eau.
&lt;br /&gt;Mais il y a plus que cela. En effet, un écart manifeste trouve sa place entre les sensations élémentaires
et l'appréhension à un plus haut niveau qu'un être vivant peut en faire. C'est la distinction qu'il est
possible d'opérer entre la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;sensation&lt;/i&gt; et la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;perception&lt;/i&gt;, la seconde étant l'élaboration de la première par
l'appareillage cognitif de l'animal. En effet, chaque organisme, selon ses caractéristiques cognitives,
traite à sa façon les informations qui lui parviennent de ses organes sensoriels pour évaluer le
comportement à adopter. En fonction de l'espèce, de sa cognition et ultimement de ses gènes, une
même sensation, par exemple la vision d'un autre animal dans l'environnement, va pouvoir induire des
expériences perceptuelles très différentes et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;in fine&lt;/i&gt; des réactions fort diverses. La présence d'un animal
ne sera pas évaluée de la même façon par une proie et un prédateur et la chaleur traitée bien
différemment par la tique et un animal cherchant de l'ombre en plein soleil.
&lt;br /&gt;Les attentes du système cognitif, qui viennent structurer les informations sensorielles, nous jouent
parfois des tours, ce qui permet d'ailleurs de bien mesurer l'écart entre sensations et perceptions. Les illusions sensorielles en sont un bon exemple : trompés par notre cerveau, nous faisons par exemple
l'expérience du mouvement alors que nous voyons une forme tout ce qu'il y a de plus statique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La vie de la tique, structurée en phases si distinctes, lors desquelles certaines sensorialités sont
fonctionnelles et d'autres inopérantes, renforce cette idée que l'esprit, ou d'une façon plus neutre le
système cognitif, impose sa conception du monde. Il crée son Umwelt, le monde qui l'entoure, autant
qu'il en prend connaissance.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La tyrannie de l'expérience&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est sur ce rapport au monde défini ou plutôt dicté par l'appareil cognitif que nous voudrions nous
appuyer pour notre argumentation. Il existe selon nous, en effet, une différence fondamentale entre
l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Umwelt&lt;/i&gt; des animaux et celui, parfois appelé &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lebenswelt&lt;/i&gt;, des êtres humains.
&lt;br /&gt;Jakob von Uexküll, toujours lui, a précisé dans son livre intitulé &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Théorie du Sens&lt;/i&gt; la chose
suivante (notre traduction) : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« puisqu'aucun animal ne joue jamais un rôle d'observateur, on peut
supposer qu'il n'entre jamais en relation avec des objets neutres »&lt;/i&gt;. Comment comprendre cette phrase ?
L'animal ne serait jamais capable de s'extraire de son monde de perceptions pour en apprécier le
caractère relatif. Une tyrannie de l'expérience s'exerce en un sens sur lui : jamais il ne lui est permis
de lever un pan du voile qu'est son appréhension directe du monde qui l'entoure, une appréhension
dénuée de toute conscience d'une médiation représentationnelle. Il ne peut en fait pas comprendre
qu'entre le monde réel et les expériences qu'il en fait, il existe une différence, qui est à l'origine de sa
façon de percevoir et qui crée les parois de son &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Umwelt&lt;/i&gt;. Cette différence, c'est le processus de
représentation du monde par ses sens et son esprit, un processus que l'on appelle parfois la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;sémiose&lt;/i&gt;,
c'est-à-dire la capacité de créer du sens à travers la représentation de la réalité. Un animal vit dans son
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Umwelt&lt;/i&gt;, mais s'en jamais s'en apercevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour comprendre un peu mieux cette subtilité, nous pouvons nous reposer sur deux exemples, issus
respectivement des philosophies grecque et bouddhique. Le premier est celui de l'allégorie de la
caverne de Platon dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La République&lt;/i&gt;, où des individus se trouvent enchainés devant la paroi d'une
caverne de façon à ce qu'ils ne puissent pas tourner la tête. Sur l'écran de pierre, ils observent des
ombres, dont Platon nous dit qu'elles sont celles de scènes à l'extérieur de la grotte éclairées par le
soleil. Leur condition les maintenant dans l'ignorance, les esclaves ne peuvent comprendre qu'ils
assistent à une représentation du monde, et lui attribuent en conséquence la primauté du sens.
&lt;br /&gt;Dans le courant de pensée bouddhiste, nous trouvons également l'idée que le monde dont nous faisons
tous et toutes l'expérience n'est en partie qu'illusion. Pour accéder à une certaine forme de vérité et se
libérer de ce qui cause notre souffrance, il est en particulier nécessaire de se défaire de l'idée de la
permanence du moi, du sentiment d'unité de notre personne. Dans certains de ses prolongements, ce
concept est poussé encore plus loin. Ainsi, selon les écrits de l'école Yogâcâra, fondée par les frères
Asanga et Vasubandhu entre le IVme et le Vme siècle de notre ère, le monde réel, le monde des
phénomènes, n'est jamais qu'un pur produit de notre pensée. Il n'y a plus ici en quelque sorte de
représentation, puisque c'est la pensée elle-même qui se trouve au premier plan de l'existence. La
tâche ne nous incombe toutefois pas ici de défendre plus avant de telles propositions.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comment se distingue l'Homme des autres animaux ? Nous pensons que c'est en partie par son
aptitude à se libérer de la tyrannie de l'expérience et de l'immédiateté du monde.
&lt;br /&gt;Nous disposons de la faculté, si intime qu'il est difficile de déposer des mots sur elle, de décrire le
monde et de l'appréhender autrement que par nos perceptions « directes ». En un sens, nous savons
nous tenir à distance, considérer des possibilités alternatives aux objets de nos expériences, déchirer le
voile qui nous empêche de concevoir le monde autrement que tel qu'il se présente à nous.
&lt;br /&gt;Cette aptitude repose sur notre compréhension du processus de sémiose, sur notre capacité en tant
qu'êtres humains de comprendre le jeu de cache-cache entre les signes et ce qu'ils représentent. Les
entités du monde ne sont pas pour nous prises dans un rapport direct et immuable ; une chose peut en
représenter une autre, mais pas seulement de la façon dont un chimpanzé peut apprendre avec
difficulté qu'un petit carré bleu peut désigner une banane. Observer un panneau de sens interdit à
l'entrée d'une rue, ce n'est pas seulement savoir qu'il est interdit de s'engager dans cette direction, c'est aussi comprendre que le panneau signifie ce message, et qu'il pourrait bien en être autrement, la
convention eût-elle été différente. Le panneau renvoie à autre chose : les véhicules ne doivent pas
passer comme cela. Chaque être humain fait ainsi l'expérience d'un &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Umwelt&lt;/i&gt; tissé de relation de
signes. Il n'est pas en cela différents des autres animaux, qui interprètent sans cesse les signaux de leur
environnement comme autant d'indices dotés d'un sens particulier et aptes à guider leur
comportement. Mais à la différence de ces derniers qui ne perçoivent jamais les processus sémiotiques
qui les constituent, l'Homme peut prendre conscience de la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;toile sémiotique&lt;/i&gt; à laquelle il se trouve
asservi, et en jouer le cas échéant.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le langage et l'utilisation que nous en faisons traduisent les aspects précédents. Dans leurs
fondements tout d'abord : un mot représente autre chose grâce à la maîtrise que nous avons de la
relation conventionnelle - et spécifique à chaque langue - qui le lit en tant que chaîne de sons à un
référé. Shakespeare l'a si joliment dit dans son Romeo et Juliette :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« What's in a name ? That which we call a rose
&lt;br /&gt;By any other word would smell as sweet. »
&lt;br /&gt;Qu'y a-t-il dans un nom ? Ce que nous appelons une rose
&lt;br /&gt;sentirait aussi bon, l'eussions-nous
dénommé autrement.&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;(&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Romeo and Juliet&lt;/i&gt;, II, ii, 1-2, notre traduction)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le dialogue du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cratyle&lt;/i&gt; de Platon entre Gorgias et Hermogène, sur le lien de nature ou de convention
entre les mots et les choses qu'ils dénomment, résonne en écho de nos propos sur l'Umwelt et la
compréhension du processus de sémiose : la très grande majorité des animaux qui recourent par
exemple à un système de communication vocal ne semblent jamais capables de concevoir autre chose
qu'un lien intrinsèque entre leurs cris et les entités auxquels ils réfèrent, quand nous saisissons bien le
conventionnel de la relation entre les mots et leurs référés. Les études sur l'apprentissage initial du
langage par les bébés nous suggèrent d'ailleurs quelque chose à ce sujet : avant l'âge de deux ans, le
petit enfant n'apprend qu'assez lentement de nouveaux mots et leurs significations. Cependant, une
transformation s'opère à un moment, et ouvre la voie à une véritable &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;explosion lexicale&lt;/i&gt; : l'enfant est
désormais capable d'apprendre plus d'une dizaine de mots par jour ! Ne peut-on pas penser que par
une alchimie encore incomprise, l'enfant réalise à cette époque de sa vie la nature du signe
linguistique ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'utilisation que nous faisons du langage s'inscrit elle aussi dans notre capacité toute particulière à
faire sens du monde. Par nos discours, nous exerçons en effet notre capacité à lire le monde avec recul
vis-à-vis de nos expériences directes. En écoutant ceux d'autrui, nous sommes conscients qu'ils ne
sont qu'une référence à la réalité, et non la réalité elle-même. Ils peuvent d'ailleurs se révéler
approximatifs ou erronés. L'utilisation de métaphores, constructions qui jouent sur les proximités de
certains concepts, sont une manifestation claire de notre habileté dans la manipulation des relations de
signification. Et entre un indicatif et un subjectif, un monde de possibles prend place : deux
articulations bien distinctes se dessinent entre le message de la phrase et la réalité. Il pourrait pleuvoir :
cette simple phrase nous indique que même s'il ne pleut pas à l'instant précis, nous pouvons tout à fait
envisager une réalité alternative où des trombes d'eau s'abattraient du ciel. L'animal peut bien sûr
adapter son comportement à ces deux situations selon son intérêt, d'une manière façonnée par
l'évolution. Est-il cependant capable d'en envisager l'alternative, et de penser qu'il pourrait ne pas
pleuvoir alors qu'il pleut ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour résumer, nous pourrions dire que l'homme est un animal capable de comprendre la représentation
d'une entité par une autre, que ce soit un mot pour une chose, une expérience sensorielle pour un
événement du monde réel, ou tout autre relation de signification. Si nous reprenions les
comportements que nous avons abordés plus haut dans ce texte, de la pensée religieuse à la conception de pendentifs ou de peintures rupestres, nous pourrions voir qu'ils supposent tous implicitement cette
capacité, qui semble ainsi être un des locus centraux de notre Humanité. Cette capacité sémiotique ne
nie pas l'importance de notre héritage biologique. Tout comme les autres organismes, nous sommes
les produits d'une longue histoire évolutive, et nombre de nos comportements, de nos réactions, de nos
capacités cognitives, sont guidés par des lois biologiques. Néanmoins, il est en notre pouvoir de nous
en émanciper en partie, en décidant du sens que nous souhaitons conférer à cet héritage.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Conclusions&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors que ce texte touche à sa fin, l'impression de n'avoir pas répondu à une des requêtes posées
initialement reste vivace : comment les aspects que nous avons tenté d'aborder peuvent-ils fournir la
moindre piste, le moindre ancrage pour vivre un peu mieux une vie d'Homme ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Du point du vue du chercheur, qui ne peut qu'être modeste et limité, la réponse à cette requête peut
être quelque peu paradoxale, dans le sens où elle semble à la fois évidente et évanescente. Evidente
dans le sens où il est commun de dire que la connaissance est par elle-même source de liberté.
Heureux celui qui pénètre les causes secrètes des choses... Comprendre les origines de l'Homme, c'est
mieux comprendre celui qu'il est aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Evanescence cependant, dans le sens où la science nous apprend qu'elle n'a pas à décider pour nous de
la signification que nous conférons aux choses du monde. Maurice Merleau-Ponty entame son dernier
essai, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'&#338;il et l'Esprit&lt;/i&gt;, par la phrase suivante : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« La science manipule les choses et renonce à les
habiter »&lt;/i&gt;. Même si nous ne l'interprétons pas tout à fait selon les conceptions phénoménologiques de
son auteur, elle nous semble suggérer la distance juste à adopter vis-à-vis de l'apport scientifique.
L'homme, animal sémiotique, a toute liberté pour jouer avec les signes et décider du sens à attribuer
aux multiples aspects de son existence et de son Umwelt. La science peut nous fournir une meilleure
compréhension de ce libre arbitre, de cette relation si particulière au monde ; elle ne nous dispense
aucunement de l'exercer, et ne peut réellement nous guider dans son exercice. Passer outre et voir en
la science une source intrinsèque de progrès social et moral, c'est revenir aux erreurs initiales du
positivisme. Mais à l'inverse, nier ses apports potentiels, qui peuvent être de puissants outils pour
mieux comprendre le monde et assumer notre condition humaine, c'est la diaboliser en la prenant pour
ce qu'elle ne peut être. Dans les deux cas, c'est pratiquer ce que Pascal a appelé la confusion des
ordres, et sortir la science du niveau qu'elle doit occuper pour la placer dans un ordre supérieur, celui
de la justice ou de la morale, qu'elle n'a pas vocation de structurer.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La science ne nous dit pas comment exercer notre liberté, tout au plus nous en précise-t-elle certains
des déterminants et l'héritage biologique qui pèse sur elle sans jamais totalement l'enfermer. Elle nous
dit qu'elle préfère rester un peu en rentrait et nous laisser investir le monde, en prendre la mesure et
l'habiter pleinement. Cette liberté est aussi une responsabilité qui nous échoie tous, de toujours devoir
construire ensemble et emprunter un chemin qui peut mener vers plus d'humanité ou plus d'inhumain.
Comme toute responsabilité, elle peut être à bien des égards une peur, un poids, ou une solitude. Mais
c'est aussi, comme le rappelait Oscar Wilde, face à cette difficulté que se révèle ce qui peut être source
de grandeur, et face à la tentation de choisir le mauvais chemin, la possibilité offerte d'agir un peu
mieux en tant qu'Homme.
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La statue est concentrée dans un unique moment de perfection. L'image qui colore la toile ne possède
aucun élément spirituel qui la ferait progresser ou changer. Si image et statue ne savent rien de la
mort, c'est parce qu'elles ne savent pas grand-chose de la vie, car les secrets de la vie et de la mort
appartiennent à ceux, et seulement à ceux qu'affecte le déroulement du temps et qui ne possèdent pas
seulement le présent mais aussi le futur et peuvent se relever d'un passé de honte ou sombrer après un
passé de gloire.&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;Oscar Wilde&lt;/p&gt;</description>
		<author>Christophe Coupé</author>
		<dc:date>2006-09-21T12:18:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Coupé</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>Conférence : De la nécessité du politique et des institutions pour garantir un monde humain</title>
		<link>http://www.univete-assomption.org/2006/article.php3?id_article=56</link>
		<date>2006-09-10 19:49:34</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résumé des interventions par la rédaction du site&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Olivier Mongin, « Une République qui n'intègre plus ou mal, n'est plus une République. »&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il s'agit de comprendre ce qui en est du politique aujourd'hui. Que faut-il entendre par politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le politique, des règles pour pouvoir être en désaccord&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Paul Ricoeur disait que le politique c'est être capable, en démocratie, de désaccords. Le politique pose des règles communes pour vivre le désaccord et assumer le conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui, nous sommes surtout dans un type de société où nous avons tendance à esquiver le conflit. Nous avons tendance à être plutôt en désaccord sur de faux conflits et à nous regrouper entre nous, sur un mode communautaire. Mais alors nous sommes coupés du reste de la société et nous repoussons le conflit. Il faut donc trouver un régime nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le politique, un type d'action qui s'inscrit dans une durée&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Aujourd'hui, nous nous inscrivons dans une histoire où le présent est très lourd, où le passé a tendance à devenir du patrimoine congelé et où le futur est de plus en plus indéterminé.
&lt;br /&gt;Le politique est donc très fragilisé actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1. Sur le plan historique : des problèmes spécifiques au monde français et européen&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Depuis la fin de la guerre froide, nous avons un problème de représentation de l'histoire. Nous n'avons plus d'alternative. Cela entraîne une crise de l'utopie : les utopies religieuses récupèrent les utopies politiques. Il y a une crise du modèle révolutionnaire. &lt;br /&gt;De plus, il y a une crise de la représentation ascendante de l'histoire. L'image du progrès est fragilisée. Nous vivons dans un monde de plus en plus horizontal, un monde de réseaux alors que nous sommes habitués à la verticalité. Il y a aujourd'hui une difficulté à se représenter un avenir à cause d'une surcharge du présent et d'une incapacité à hiérarchiser.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les modèles sont mis en cause. &lt;br /&gt;Nous sommes entrés dans la mondialisation et nous nous rendons compte que modèle français n'est pas forcément universalisable. &lt;br /&gt;Cela pose la question de l'avenir de la religion dans une société laïque voire laïciste. Aujourd'hui, l'avenir des religions est central en positif comme en négatif. Le problème de l'utopie des modèles est mis à mal.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le modèle de l'Europe comme modèle universel est aussi très fragilisé. L'Europe n'est pas propriétaire de ses valeurs. Le modèle dit « social » est révolu. Il ne fonctionne plus car il était lié au modèle de société industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous sommes donc passés très vite de l'idée d'un monde ascendant à un monde qui risque de nous faire descendre. Que se passe-t-il ? Il y a un durcissement au niveau de la représentation sociale avec une société où il n'y a que des exclus et des élites. Nos représentations mettent à l'écart les couches moyennes. Or c'est la couche moyenne qui fait le ciment, le lien. Nous tombons dans une image de descendeur social où il est difficile de se donner une représentation ascendante, progressiste d'être dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;2. La vie à l'heure de la mondialisation&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;La vie à l'heure de la mondialisation constitue une rupture historique.
mais il faut être vigilant et ne pas définir la mondialisation par son seul aspect économique. La mondialisation, ce n'est pas seulement cela : il y a aussi de réelles émergences identitaires, la confrontation de cultures, qui engendrnte un équilibrage multilatéral, un peu chaotique. &lt;br /&gt;Il y a aussi une révolution technologique. Nous sommes entrés dans le virtuel avec un schéma horizontal et non plus pyramidal. Cela nous conduit à une société volontariste, d'affinités électives : la tendance est à la segmentation, à la rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La mondialisation pose aussi une question politique. Nous vivons aussi la crise de l'Etat en tant qu'organisation de la société. L'Etat délègue de plus en plus au local, il est de moins en moins actif. Or, il existe une dimension spatiale de la démocratie. L'Etat continue de fonctionner avec le modèle de la commune ce qui n'est pas sans poser de problèmes.
&lt;br /&gt;Alors que la mondialisation apporte surtout une reconfiguration des territoires, nous devons essayer de créer un lieu commun pour délibérer, pour être ensemble et dialoguer, c'est-à-dire pour « être en désaccord ». &lt;br /&gt;La grande question qui se pose est : comment réorganiser une démocratie ? Et pas seulement une démocratie locale. Or la tendance générale est à la segmentation dans la ville, à trois vitesses : la relégation des exclus, le périurbain, la centrification.
&lt;br /&gt;Tout cela fragmente le lien social. Il faut bien revoir de la mobilité de la mixité sociale. c'est le débat qu'il faut avoir. Les relégués sont des immobilisés. Et le centrifié c'est quelqu'un qui est hypermobile, le nomade de la société modernisée.
Le modèle du réseau et des affinités constitue une grande menace pour la démocratie et pose le problème communautaire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le virtuel n'est pas dangereux parce que virtuel, mais dangereux parce qu'il déchaîne tous les possibles. Il casse les utopies et empêche de nouvelles alternatives. Le réel est alors dévalorisé et le problème central du politique est alors de capter le réel, de retrouver le réel.
&lt;br /&gt;Il y a aussi la question du territoire. Les jeunes couples choissent leur lieu d'habitation en fonction du territoire (là où il n'y aura pas de descendeur social). Certains urbanistes disent que la lutte des lieux a remplacé la lutte des classes. En banlieue, le hall d'immeuble n'offre pas de sortie, les jeunes sont &quot;embarrés&quot;. La question de territoire est importante car c'est la question du corps qui n'a pas envie de bouger. Embarrés, bloqués dans leurs banlieues, ils ne savent plus ce qui est leur intérieur et leur extérieur. On sent de plus en plus l'inégalité du plus proche. &lt;br /&gt;Le global étant devenu important la question du territoire est capitale. Il faut réincarner les choses. Il faut retrouver le réel immédiat et historique de notre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il existe aussi de nouvelles inégalités. &lt;br /&gt;Le problème ce ne sont pas les droits mais le droit d'avoir des droits, le problème de la capacité à exercer ses droits. Il faut se battre pour la capacité à exercer ses droits. Il s'agit de la capacité de se rendre mobile, de se mouvoir, de faire en sorte que les autres soient « capables de », comme moi « je suis capable de ». Il faut être capable de sortir de soi vers un espace public. Tout ira mieux si nous avons une capacité politique. Les problèmes sont convergents, ils sont devenus globaux et se règlent dans le local.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comment être actif ? Il faut une forme de militance dans les territoires, localement. Il faut créer des récits urbains. La question du corps et de la scène (théâtre en banlieue par exemple) constitue une action politique territoriale locale. Les gens ont souvent oublié que chacun peut participer à un conseil municipal. L'action ne se situe pas uniquement au niveau associatif : il y a un travail au sein de la mairie, dans les communes. &lt;br /&gt;Il y a aussi un effort intellectuel à faire. Nous avons trop tendance à nous sentir protégés dans la mondialisation, ce qui est faux. Il faut réfléchir et s'exciter sur le contenu en regardant dans quel monde nous vivons. Nous sommes dans une histoire.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Jean Luc Pouthier, « Pourquoi cette réticence des chrétiens à l'égard de cette institution qu'est la démocratie ? C'est parce que nous restons dans la confusion entre moral et politique. »&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« De la nécessité du politique est des institutions pour garantir un monde humain » : le thème ne manque pas d'ironie et d'impertinence car la politique et les institutions ont souvent bâti un monde inhumain. Comment aujourd'hui un chrétien peut aborder la question ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Il convient de partir de la Bible.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;« L'Église n'a pas de modèle politique », disait le P. Hans-Peter Kolvenbach, supérieur général des jésuites. En effet il n'existe pas dans la Bible de modèle politique. Un chrétien n'y trouvera que des pistes de réflexion mais pas de modèle. Les rois d'Israël ne procède pas du divin. D'où la notion de séparation du politique et du religieux. Si vous vous tournez vers l'Ancien Testament, insuffisamment exploité à mon goût, lvous en resterez à un règne de la monarchie mais qui n'est pas légitimée par la Bible. Dans le premier livre de Samuel, les Hébreux demandent un roi à Samuel et Dieu répond « Ce n'est pas toi qu'ils rejettent, c'est Moi. Ils ne veulent pas que je règne sur eux. » La notion de séparation du politique et du religieux émerge.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quel modèle trouver dans la Bible ? Aucun. Celle-ci a une attitude critique à l'égard de tous les modèles, de tous les régimes politiques, via les prophètes. Non seulement il y a critique à l'égard du pouvoir mais aussi refus du cumul des pouvoirs sacerdotal et politique. « Rendez à César ce qui est à César ». Cette séparation du religieux et du politique se trouve accentuée dans le Nouveau Testament. Même si dans la Lettre aux Romains on peut lire que « toute autorité vient de Dieu ». Ici, nous sommes dans la contradiction, c'est-à-dire dans la subversion ou la soumission. Un système s'est mis en place à Constantinople. C'est le système de l'Église constantinienne qui a créé une confusion du temporel et du spirituel, du politique et du spirituel. Ce modèle a été entretenu par l'Église. C'est le problème de la primauté affirmée du spirituel sur le temporel.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La question morale est survalorisée&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Dans « La monarchie », Dante crée dans son imagination un système politique où il redonne la primauté au temporel : pour lui, il s'agit de mieux défendre et donner une importance plus grande au spirituel dans le cadre d'une monarchie universelle. Il faut aussi relire « Le Prince » où Machiavel se demande si la morale commune peut être la même que celui qui prend une décision politique ? Machiavel souhaite que la morale du dirigeant soit pour le bien de sa communauté. Il faut réfléchir aux moyens utilisés pour faire le bien de la communauté. La question porte sur la légitimité des fins alors que nous sommes obsédés par la question des moyens de l'action politique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La question des institutions&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Dans son allocution de Noël 1944 Pie XII disait « pour beaucoup de personnes la forme démocratique de gouvernement apparaît comme un postulat naturel imposé par la raison elle-même ». Mais cette réticence de l'Église à l'égard de la démocratie existe toujours. Mais pourquoi cette réticence des chrétiens - pas de tous ! - à l'égard de cette institution qu'est la démocratie ? C'est parce que nous restons dans la confusion entre le moral et le politique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut réfléchir autrement. Comment se situer aujourd'hui ? La démocratie c'est d'abord des procédures, un régime dans lequel des règles du jeu permettent la résolution pacifique des conflits. En appliquant ces règles et en débattant sur la démocratie, la morale réinvestit le système. &lt;br /&gt;Saint Augustin disait : des gouvernants qui ne respecteraient pas les objectifs de Justice seraient des voyous.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Véronique Senèze, Marie-Noël Guénot</author>
		<dc:date>2006-09-10T17:49:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Véronique Senèze, Marie-Noël Guénot</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>Conférence : Acteurs dans ce monde complexe des sciences et techniques</title>
		<link>http://www.univete-assomption.org/2006/article.php3?id_article=55</link>
		<date>2006-09-03 16:15:10</date>
		<description>&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Jean-Claude Ameisen : « Derrière chaque technique essayer de restaurer notre humanité »&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résumé de l'intervention par la rédaction du site.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quand la science progresse, elle produit non seulement de nouvelles techniques mais aussi de nouvelles représentations du monde, de l'humain. Ces nouvelles techniques ont effacé progressivement les frontières considérées bien établies entre la matière et l'humain, le vivant ; entre le corps et l'esprit. Cela entraîne une forme de désenchantement, de difficulté à se percevoir comme objet et comme sujet et aussi une crainte de déshumanisation de réification du vivant. Le risque est alors de devenir objet et non plus acteur de nos propres vies. Comment faire que les applications de la connaissance ne nous rendent pas étrangers à nous -mêmes ? L'enjeu est de réconcilier les deux et l'objectif est que l'avancée des connaissances ne nous rende pas étrangers à nous-mêmes ;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces avancées posent une question particulière ; au fur et à mesure que ces technologies avancent, nous façonnent, est-ce que le terrain éthique s'affaiblit ? &lt;br /&gt;Un des enjeux est de réfléchir aux conséquences éthiques des nouvelles représentations que l'on peut faire de nous-même et des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La fin du XIXème siècle a conduit à l'eugénisme, à la stérilisation de personnes, à l'euthanasie d'handicapés mentaux, à la hiérarchisation des races, au racisme,... La bioéthique moderne est née du procès de Nuremberg.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La question éthique est posée sur la base de la rencontre de l'autre, de la réciprocité avec l'autre (cf. Paul Ricoeur « considérer soi-même comme un autre »).
&lt;br /&gt;Cela rejoint la conception de la justice, « l'idée du bon dans le rapport à l'autre » pour Paul Ricoeur.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela nous conduit à la notion de consentement informé. On ne peut pas faire le bien de l'autre sans l'avoir informé. La notion de consentement informé est très liée aujourd'hui à l'idée générale des droits de l'homme.
&lt;br /&gt;La notion de consentement est inscrite dans la &lt;a href=&quot; http://portal.unesco.org/fr/ev.php-URL_ID=31058&amp;URL_DO=DO_TOPIC&amp;URL_SECTION=201.html&quot;&gt;déclaration universelle de la bioéthique et des droits de l'homme&lt;/A&gt;. La notion de consentement informé est vue de manière individuelle dans le cadre de la relation médecin-malade, mais depuis une vingtaine d'année, elle est aussi considérée de manière collective. Il est donc important d'aller vers une forme de consentement informé collectif, une forme de démocratisation. On a souvent l'habitude de nous en remettre à des expertises qui ne sont pas à l'origine du choix mais qui se substituent au choix en étant le point de départ de décisions réglementaires politiques - à la place de la collectivité.
&lt;br /&gt;La discussion doit éclairer le problème, faire baisser l'ignorance mais ne peut pas réduire l'incertitude. L'incertitude est la condition de la liberté du choix. Il faut redonner à la démocratie sa signification par ce consentement informé.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On donne souvent à l'expertise le rôle de décider à la place de la collectivité. Cela nous ramène à la notion de démocratie participative, de responsabilité de chacun vis-à-vis des autres. Cela implique de s'interroger sur la frontière que nous établissons entre nous et les autres. Il faut toujours se poser la question de qui est exclu dans cette démocratie participative (les pauvres, les malades, les défavorisés,...). Est-ce que les personnes sont plus ou moins exclues de la société ? Sont-elles véritablement inclues dans la réflexion sur les risques et les bénéfices de ces avancées techniques ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quand on parle de menace globale pour l'humanité (bombe atomique, grippe aviaire) c'est toujours quand on est inclus individuellement. On entre dans une dimension mondiale. L'exclu est de l'ordre de la dimension locale (ex : le sida).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Jusqu'où inclure l'autre dans la réflexion sur les bénéfices et les risques ? Nous sommes dans un monde où le champ des possibles s'élargit et ou la responsabilité augmente.
&lt;br /&gt;Cela conduit à une forme d'humilité (réversibilité des choix) et de fierté (refus de la fatalité). Il faut accepter l'incertitude et avoir la fierté du refus de croire à la fatalité.
&lt;br /&gt;Le refus de deux types de fatalité :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; Ce qui devient possible doit forcément être utilisé. On confond alors ce qui est possible et ce qui est souhaitable. On nie alors la notion même de choix et de confrontation éthique.
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; Ce qui est bénéfique ne peut pas forcément bénéficier à tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Partir de la technique, c'est partir de la fin, comme point de réflexion de ce que nous pourrons ou pas utiliser et pas comme point final de réponse déjà résolue. Il ne faut pas croire que l'on sait. Du point de vue de la réflexion, on peut considérer cette fin comme un début. &lt;br /&gt;Nous devons derrière chaque technique essayer de restaurer nous-même notre humanité.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Dorothée Browaeys : « Quelle vie démocratique pour des choix techniques humains et durables ? »&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résumé de l'intervention par la rédaction du site.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avec les nanotechnologies, nous pouvons éprouver un certain vertige. Il y a une double question, éthique - comment faisons nous ? - mais aussi sur l'opportunité de continuer le développement de ces technologies : avec elles, l'éthique est elle encore possible ? Les nanotechnologies posent la question de la connexion entre l'inerte et le vivant, entre l'inerte et de nouveaux « objets vivants ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il existe un fossé entre les réponses et apports des experts et les questions des citoyens. Nous devons avoir une réflexivité et un va-et-vient entre l'apport des scientifiques et ce que peut exprimer la société civile. C'est ce qui a amené au travail de l'association &lt;a href=&quot; http://www.vivagora.org/&quot;&gt;Vivagora&lt;/A&gt; pour développer une pratique de débat public et de la revue de réflexion &lt;a href=&quot; http://www.vivantinfo.com&quot;&gt;Vivant&lt;/A&gt;. L'objectif est de développer une pratique de débat public sur ces enjeux scientifiques et techniques, une pratique de débat où le public et les scientifiques interagissent.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1 Le pouvoir des sciences et des techniques aujourd'hui&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Nous devons prendre la mesure des nanotechnologies et de la convergence entre les disciplines : nanotechnologies, biotechnologies, sciences de l'information et cognisciences. Le dialogue, le débat est un moyen de responsabiliser les acteurs, de faire prendre la mesure de l'intérêt général et du collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La puissance scientifique et technique nous permet aujourd'hui non seulement de modifier notre environnement mais aussi de modifier notre corps, notre apparence et nos perfomances.
&lt;br /&gt;Nous sommes capables aujourd'hui de doper nos corps avec les biotechnologies, avec les neuro-drogues qui permettent d'agir sur le cerveau (&quot;viagra cérébral&quot;), les chirurgies esthétique, etc. Les nanotechnologies offrent la possibilité d'adapter les capacités des machines sur l'homme.
Richard Feynman évoquait la possibilité de fabriquer de nouveaux objets, des bras articulés,... Sont également évoquées la possibilité d'augmenter l'humain avec l'idée de créer des cyborgs ou la possibilité de faire du dopage pour augmenter les performances physiques.
&lt;br /&gt;Nous pouvons structurer la matière et fabriquer des dispositifs originaux comme des « legos ». « On a marché sur l'atome ! » On arrive à faire des matériaux qui n'existent pas dans la nature. En 1986, dans « Engines of creation », Eric Drexler déclarait :
« Comme les oiseaux prouvent la possibilité du vol, la vie en général prouve la faisabilité de l'autoréplication au moins pour des systèmes de machines moléculaires »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui, le terme de nanotechnologies ne regroupe pas seulement la démarche de « nanoconstructeur » mais aussi l'effort plus classique de miniaturisation, amorcé il y a déjà 50 ans notamment dans l'électronique. Il existe plusieurs secteurs d'applications des nanotechnologies :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; Nanomatériaux pour des pièces plus résistantes et plus légères notamment avec les nanotubes de carbone, ou pour conférer des propriétés nouvelles (verres autonettoyants, tissus insalissables ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; Nanoélectronique avec mémoire embarquées, communications à distance, sécurité... (étiquettes électroniques...) ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; Nanomédecine et nanocosmétique (écran solaire avec nanoparticules de titane) ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; Nanoarmes avec menace sur le principe de dissuasion.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;2 Animer la matière ou fabriquer la vie&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;La « révolution Nano » est en marche et recouvre deux mouvements différents :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; Un mouvement « remontant » du bas vers le haut - dit bottom-up. C'est la manufacture moléculaire imaginée par Eric Drexler qui aboutit à la fabrication de bras articulés, de moteurs moléculaires ou de nano-véhicules...Le projet est de faire des objets qui s'auto-assemblent et se répliquent. Le mouvement tend alors vers la biologie synthétique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; Un mouvement « descendant ». C'est l'effort de miniaturisation. Le mouvement tend alors vers la convergence entre bits-atomes-nano-gènes, appelé BANG ou NBIC (nano-bio-info-cognisciences).Les chercheurs pensent pouvoir établir, à l'échelle nanométrique, des connexions entre l'inerte et le Vivant, entre les supports informatifs du vivant (génétiques, neuronaux...) et ceux de l'informatique et de l'électronique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;3 Idéologies et visions du monde&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;A cette perspective fascinante, les Américains assignent un horizon : « améliorer les performances humaines ». Dorothée Benoit Browaeys cite le rapport sur les Nano-bio-info-cogniciences, (NBIC) paru en juin 2002, et réalisé par la National Science Foundation&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les technologies convergentes sont décrites comme un moyen de « permettre le bien-être matériel et spirituel universel, l'interaction pacifique et mutuellement avantageuse entre les humains et les machines intelligentes, la disparition complète des obstacles à la communication généralisée, en particulier ceux qui résultent de la diversité des langues, l'accès à des sources d'énergie inépuisables, la fin des soucis liés à la dégradation de l'environnement ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais il convient d'être vigilant et de rester critique. En effet, ce rapport est inspiré par une vision transhumaniste, du nom d'un courant né dans les année 1960 en Californie. L'un des auteurs, William Bainbridge est partie prenante de l'association mondiale transhumaniste (TWA) qui rassemble 3000 personnes dans le monde. &lt;br /&gt;Ce mouvement défend la liberté d'usage des drogues et médicaments, la cryoconservation des corps et le dopage génétique ou cérébral. Il brandit la technique comme panacée pour résoudre les problèmes sociaux et humains de plus en plus insidieusement médicalisés.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le transhumanisme se fonde sur l'utopie de l'immortalité et sur le postulat que la nature humaine est perfectible (dans une confusion entre nature humaine et condition humaine) Ce mouvement est très influent....même à la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency, agence du secrétariat de la Défense des Etats-Unis, chargée des projets de recherche militaire).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La science n'est pas neutre, elle porte des projets, des défis... La science-fiction en parle...La science se rêve avant de se faire...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;4 L'économie de la promesse&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Les nanotechnologies sont l'objet d'une surenchère de promesses : solutions pour dépolluer, optimiser les rendements énergétiques, soigner de manière plus ciblée...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Il reste à savoir si toutes ces opérations ne cohabitent pas essentiellement par la seule magie du verbe et par la caution que leur confèrent les discours officiels », indique Francis Chateauraynaud, sociologue à l'EHESS, dans son rapport &lt;a href=http://prospero.dyndns.org:9673/prospero/acces_public/06_association_doxa/nano_pdf&gt;« Nanosciences et technoprophéties - Le nanomonde dans la matrice des futurs »&lt;/A&gt; (2005)-&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'effort financier mondial (académique et industriel) pour les nanotechnologies en 2005 a été estimé à 9 milliards de dollars selon une répartition à peu près uniforme entre les pays d'Asie, d'Europe et d'Amérique du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;5 Enjeux sociaux et pouvoirs&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Ces avancées techniques posent des questions éthiques majeures
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; Risques sanitaires et environnementaux
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; Si les nanoproduits s'auto-organisent et se répliquent, quel contrôle aura-t-on sur de tels objets ?
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; Comment allons nous assumer nos responsabilités face à des formes d'objets vivants incontrôlables ?
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; Si le mouvement technique est vu comme inéluctable, les acteurs sont libérés de toute responsabilité. On arrive alors à la fin de l'éthique.
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; Quelle solidarité pourra être maintenue entre les humains ?
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; Quelles sont les finalités de ces nanotechnologies ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;6 Le débat public comme cap . ; l'effort de Vivagora&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Pourtant ces questions éthiques ne sont pas débattues. Les choix techniques sont gouvernés par les logiques militaro-industrielles, scientifiques et financières dans une véritable fuite en avant. Les politiques décident en s'appuyant pratiquement uniquement sur des expertises d'ordre scientifique (cf. l' &lt;a href=&quot; http://www.senat.fr/opecst/presentation.html&quot;&gt;OPECST&lt;/A&gt;, Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques)
&lt;br /&gt;Nous n'avons pas, dans notre organisation politique, de système pour intégrer les enjeux sociaux aux dynamiques d'innovation.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Face à ces expertises, il apparaît urgent de pouvoir mobiliser l'expertise sociale sur les usages, les priorités, les valeurs dans les pratiques de développement techno-scientifique. La pratique de débats publics méthodiques, consultatifs et délibératifs semble incontournable pour orienter les choix d'un point de vue humain et durable. L'association VivAgora a été fondée en 2003 dans cet esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;7 Responsabiliser les acteurs : transformer les pratiques&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Vivagora développe des « débats publics responsables » en s'appuyant sur plusieurs principes :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; L'implication de tous acteurs concernés ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; Une information équilibrée (État des lieux et des acteurs impliqués avec renvois aux ressources web) La revue électronique Vivantinfo.com contribue aussi à cette information en amont ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; Une forme conviviale ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; La méthode de débats publics responsables.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'association structure les rencontre avec trois temps dans les débats :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; État des lieux
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; Explicitation des conflits d'intérêts, &lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; Considération collective de l'intérêt général pour un délibération Cette pratique du débat s'inspire d'une vision formulée par Paul Ricoeur, en 1991 dans la Postface au Temps de la responsabilité, Lectures 1, Autour du politique : « Une démocratie n'est pas un régime politique sans conflit, mais un régime dans lequel les conflits sont ouverts et en outre négociables (...) Sous ce régime, le conflit n'est pas un accident ou un malheur ; il est l'expression du caractère non décidable de façon scientifique ou dogmatique du bien public (..) La discussion politique est sans conclusion, bien qu'elle ne soit pas sans décision ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;8 Décider autrement&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Aujourd'hui, les décisions sont prises dans des rouages entre pouvoirs publics, industriels et scientifiques. L'absence de contre-pouvoir a permis le scandale de l'amiante, du sang contaminé... Alors que les voisins européens ont une pratique de débats publics (Suisse, Danemark, Pays-Bas, Grande-Bretagne...) nous n'avons pas en France de structures en mesure de récolter des avis citoyens. Les missions de l'Office parlementaire des choix scientifiques et techniques (&lt;a href=&quot; http://www.senat.fr/opecst/presentation.html&quot;&gt;OPECST&lt;/A&gt;) .et de la Commission nationale du débat public (&lt;a href=&quot; http://www.debatpublic.fr&quot;&gt;CNDP&lt;/A&gt;) sont trop limitées.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il existe aujourd'hui un risque de fracture et de violence sociale. En effet, une opposition radicale aux nanotechnologies (à la croissance, à la société technique) s'est structurée à Grenoble et risque de nous conduire à de vifs affrontements.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Selon Bernadette Bensaude Vincent, « Les nanotechnologies sont une opportunité, une formidable occasion de s'interroger enfin sur les techniques, sur leur sens, leur évolution, leurs implications...Les capacités de modification de ce qui était perçu et vécu, auparavant, comme « donné » nous obligent à construire une responsabilité collective.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or, nous sommes en panne. L'individualisme gomme la réalité de l'interdépendance des êtres. Le monde politique n'est pas en mesure de soutenir des débats argumentés. Enfin, le spectacle a pris le pas sur l'expérience du partage, de l'écoute, de la remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Construire du collectif est la condition d'une vie démocratique ; Nous devons instaurer des pratiques d'interaction, de confrontations, en évitant les exposés juxtaposés. Nous devons changer de projet et considérer que le processus de rencontre compte plus que l'aboutissement.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Véronique Senèze, Marie-Noël Guénot</author>
		<dc:date>2006-09-03T14:15:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Véronique Senèze, Marie-Noël Guénot</dc:creator>
		

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		<title>Grand témoin : Guy Aurenche</title>
		<link>http://www.univete-assomption.org/2006/article.php3?id_article=51</link>
		<date>2006-09-03 12:41:15</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résumé de l'intervention par la rédaction du site&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_documents spip_documents_left' style='float: left; width: 150px;'&gt;&lt;a href='http://www.univete-assomption.org/2006/IMG/jpg/aurenche1.jpg'&gt;&lt;img src='http://www.univete-assomption.org/2006/IMG/cache-150x101/aurenche1-150x101.jpg' width='150' height='101' style='border-width: 0px;' class='spip_logos' alt=&quot;JPG - 66.7 ko&quot; title=&quot;JPG - 66.7 ko&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Guy Aurenche nous appelle à être vigilants et à éviter de sacraliser les droits de l'homme. Ca n'est pas une déformation catholique de les présenter positivement, ce n'est pas de l'optimisme. Il y a un aspect dynamique des droits de l'homme : le souhait d'être aux côtés de ceux qui n'acceptent pas l'inacceptable. Ils sont des millions
La violence, l'inhumanité n'est pas neuve.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La dynamique des droits de l'homme nous fait découvrir un nouvel outil au service de l'humanité de l'homme : tout le monde aujourd'hui a des commissions de droits de l'homme. Les droits de l'homme sont un outil juridique, technique, essentiel car ce sont des accords politico-juridiques passés entre les Etats qui permettent aux résistants de trouver là des leviers pour leur action. Chemin d'humanité car ils dénoncent le mensonge. Un outil politique car les Etats ont donné leur parole Et aucun puissant n'aime être pris en flagrant délit de mensonge. C'est un outil qui permet d'interroger les puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le droit comme une parole ? Oui, comme les cris de l'homme victime, de l'homme bourreau. Oui, comme un acte de foi, une déclaration d'amour. Oui, comme une parole donnée, à incarner en politique,en économie dans les relations personnelles et internationales. Oui, comme des paroles-actes solidaires de toute l'humanité. Oui, comme un soupir, un appel pour tout ce que le droit ne peut pas faire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_documents spip_documents_right' style='float: right; width: 150px;'&gt;&lt;a href='http://www.univete-assomption.org/2006/IMG/jpg/aurenche4.jpg'&gt;&lt;img src='http://www.univete-assomption.org/2006/IMG/cache-150x101/aurenche4-150x101.jpg' width='150' height='101' style='border-width: 0px;' class='spip_logos' alt=&quot;JPG - 63.4 ko&quot; title=&quot;JPG - 63.4 ko&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les droits de l'homme sont un outil incomplet. Ils ne nous donnent pas le &quot;pourquoi&quot;. Il faut en amont une réflexion sur les fondements de l'interdit ou de l'obligation ; dire sans justifier. &lt;br /&gt;Nous avons besoin de savoir sur quelles options ils reposent.
&lt;br /&gt;Les droits de l'homme sont un outil qui exige une mise en &#339;uvre. Le droit meurt lorsqu'il n'est pas appliqué. La loi ne suffisant pas, c'est un outil qui a besoin de nous. Qui permet de créer un nouvel acteur dans le monde : l'opinion, la société civile mondiale, les ONG. Tout ce réseau d'acteurs et d'actrices est indispensable pour que les droits de l'homme ne soient pas inutiles et ne deviennent pas un mensonge de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est un outil parfaitement adapté à l'état actuel de la mondialisation. Il y a trois axes de réflexion :
&lt;br /&gt;1 - Qui sur le plan mondial s'occupe de la personne humaine ? Qui s'occupe sur le plan international de la remettre au c&#339;ur de nos discussions ? Il faut des outils juridico-politiques pour redire le prima de la personne. &lt;br /&gt;2 - Nous sommes dans l'Etat du tout-puissant. Mon grand père ne pouvait pas changer la cellule humaine, le climat, etc, moi je peux . Qui va redire au tout-pouvoir (scientifique, technique, militaiure, religiueux ), sa limite ?
&lt;br /&gt;3 - Qui va nous aider à ouvrir le débat culturel mondial ? Les droits de l'homme. Tous les pays du monde, membres des Nations Unies, ont promis de ne jamais torturer, de ne pas commettre des actes inhumains. Autour de la rigidité juridique, nous ouvrons un débat planétaire sur ce qui est humain ou inhumain. Les droits de l'homme sont un outil essentiel pour la construction de notre hamanité aujourd'hui. Il existe peu d'outils qui nous invitent à ce débat.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette dynamique repose sur le refus de l'inacceptable. En 1945-46, Albert Camus est invité à une conférence mondiale. Sensé intervenir sur un sujet culturel, il intervient sur la question « qu'est-ce que l'homme ? ». On peut se reporter aussi au livre de Jeanne Hersch, Le droit d'être un homme.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_documents spip_documents_right' style='float: right; width: 101px;'&gt;&lt;a href='http://www.univete-assomption.org/2006/IMG/jpg/aurenche2.jpg'&gt;&lt;img src='http://www.univete-assomption.org/2006/IMG/cache-101x150/aurenche2-101x150.jpg' width='101' height='150' style='border-width: 0px;' class='spip_logos' alt=&quot;JPG - 60.7 ko&quot; title=&quot;JPG - 60.7 ko&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Le 10 décembre 1948 une résolution de l'Assemblée générale des Nations Unies proclame la &lt;a href=&quot;http://www.un.org/french/aboutun/dudh.htm&quot;&gt;déclaration universelle des droits d'homme&lt;/a&gt;. Derrière cette déclaration, il y a des millions de morts, il y a les camps, il y a la Shoah, la bombe atomique. Les hommes et femmes de cette époque se retrouvent pour rédiger un texte qui dit il faut redonner des limites si nous ne voulons pas retomber dans le chaos.Le but est d'affirmer la dignité de toute personne humaine. Pour la première fois cette instance dit à l'échelle universelle, au nom de l'Homme, la dignité de l'être humain.
&lt;br /&gt;Et il y a deux textes à la fin de la déclaration qui précisent que :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; chaque être humain est responsable de la manière dont ce texte va être appliqué.
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.univete-assomption.org/2006/puce.gif' alt='-' /&gt; je ne peux pas violer un article au nom de la réalisation d'un autre article.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les trente articles de la déclaration posent toute l'énigme et la complexité de l'être humain. N'oublions jamais cette notion de tension des droits de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le texte de 1948 a été complété par des textes contraignants pactes, traités, conventions pour régler les modalités de contrôle, comités, etc... (ex : Convention internationale contre la torture.)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Enfin en 1998, un tribunal mondial est créé, c'est la cour pénale internationale. Il a fallu attendre 50 ans pour que le tribunal voit le jour.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il existe aussi une dimension européenne des droits de l'homme avec la Convention européenne des droits de l'homme et la Cour européenne des droits de l'homme. Cela n'empêche pas les dérapages mais ce sont de lieux de prévention, de dénonciation. Il existe une réalité positive d'Europe des droits de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a aussi une dimension nationale, par exemple en matière de justice ou d'immigration.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;I. « Raconte moi l'homme à travers ses cris » : les droits humains pour dénoncer la barbarie.&lt;/h3&gt; &lt;div class='spip_documents spip_documents_left' style='float: left; width: 101px;'&gt;&lt;a href='http://www.univete-assomption.org/2006/IMG/jpg/aurenche3.jpg'&gt;&lt;img src='http://www.univete-assomption.org/2006/IMG/cache-101x150/aurenche3-101x150.jpg' width='101' height='150' style='border-width: 0px;' class='spip_logos' alt=&quot;JPG - 71.4 ko&quot; title=&quot;JPG - 71.4 ko&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut crier face à l'inacceptable auprès de tous ceux qui nous entourent (curé, maire, etc.) L'outil droits de l'homme va donner de la force au cri.
&lt;br /&gt;Tous, nous sommes d'accord pour que le pouvoir respecte sa parole, sa signature. Il y a des cris à lancer auprès des pouvoirs. Il faut faire attention à ce qui risque d'atténuer, d'étouffer nos cris. Combien de réflexions au nom du réalisme pour nous empêcher d'agir ! (ex : tout ce qui se fait et se dit au nom du terrorisme. Il faut faire attention aux grandes limitations des libertés qui sont en route au nom de ce terrorisme et qui sont totalement inefficaces. Que nous fait-on gober au nom de la sécurité ?).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Guy Aurenche est choqué du peu de réaction à propos du slogan de l'immigration choisie qu'il considère comme totalement inefficace et mortifère. Il nous invite à faire attention à ce que l'on nous fait gober dans ce domaine aussi.
&lt;br /&gt;Quand le cri devient solidarité, il rend la vie. (ex : un prisonnier disant : « le jour où j'ai su que vous pensiez à moi quand j'étais en prison, j'étais sauvé ».) Il s'agit de se mettre en chemin d'évangélisation. &lt;br /&gt;En devenant solidaires nous devenons des sauveteurs. Nous ne sommes que des seaux de petites gouttes d'eau mais les torturés c'est ce qu'ils attendent, car ils ont soif. Nous ne devons pas être des gavés de liberté et de solidarité.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;II « Raconte-moi l'homme à travers sa dignité » : Les droits humains pour affirmer la dignité.&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En référence au titre du livre de Jeanne Hersch, Le droit d'être un homme, Le P. Paul Valadier, jésuite, nous montre que la dignité est une qualité qui nécessite le respect de la personne humaine. Et cela aura des conséquences juridiques.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La dynamique des droits de l'homme repose sur un acte de foi à travers nos cultures, nos richesses politiques et idéologiques. Elle est formulée par un acte de foi dans les textes juridiques.
&lt;br /&gt;Cet acte de foi a des conséquences immédiates sur le refus de toute discrimination, de toute déshumanisation. &lt;br /&gt;Quand on réduit une personne humaine à son opinion, à sa condition, nous l'avons déshumanisée. &lt;br /&gt;L'acte de foi en la dignité nous invite à une démarche de réhumanisation. Guy Aurenche nous explique le pouvoir de la parole (exemple de Vincent Cochete, de l'association Médecins du Monde, qui témoigne après un an d'enfermement. Prisonnier dans le Caucase, torturé, le jour où il demanda à son tortionnaire s'il avait des enfants et qu'il lui dit que lui aussi il en avait, il ne fut pas libéré mais il ne fut plus torturé. Par la parole il avait réhumanisé le bourreau)&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;III. « Raconte-moi l'homme à travers sa Justice » : Les droits humains pour approcher l'humain/l'inhumain.&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quand on voit le système pénitentiaire, on a presque oublié que le droit est aussi au service de la réhumanisation. Or le droit est fait pour réhumaniser. La sanction est faite aussi pour réhumaniser.
&lt;br /&gt;On ne peut pas oublier les crimes les plus graves et il faut redire quand le droit a été bafoué, quand la victime n'a pu être entendue nous exigeons qu'elle le soit. (ex : Commission sud-africaine Vérité et réconciliation.)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_documents spip_documents_right' style='float: right; width: 150px;'&gt;&lt;a href='http://www.univete-assomption.org/2006/IMG/jpg/aurenche5.jpg'&gt;&lt;img src='http://www.univete-assomption.org/2006/IMG/cache-150x101/aurenche5-150x101.jpg' width='150' height='101' style='border-width: 0px;' class='spip_logos' alt=&quot;JPG - 65.1 ko&quot; title=&quot;JPG - 65.1 ko&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La Cour pénale internationale, créée à Rome en juillet 1998, ratifiée par 162 états sur 198 va s'occuper des crimes les plus graves (génocides, crimes contre l'humanité, crimes de guerre,... ). La Cour n'est pas là pour remplacer les juridictions d'un pays. Elle joue la complémentarité. Elle a pour mission de juger si le jugement est impossible dans le pays concerné. Il y a là plus qu'un symbole mais un geste. &lt;br /&gt;Comment les décisions de la Cour internationale vont-elles être exécutées ? Par l'emprisonnement souvent, mais nous militons pour inventer d'autres types de sanction.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La déclaration des droits de l'homme nous dit quelque chose sur l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour conclure, Guy Aurenche évoque une inscription allemande lue sur un mur de Munich en 1943, après l'exécution d'un professeur et de trois étudiants : « L'Esprit vit ». _ Un des mérites de cette UEA, sur ces chemins de l'humanisation nous dit-il est que l'Esprit vit.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Véronique Senèze, Marie-Noël Guénot</author>
		<dc:date>2006-09-03T10:41:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Véronique Senèze, Marie-Noël Guénot</dc:creator>
		
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		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>Chemin d'humanité, l'Homme face à ses limites - P. Maurice Bellet</title>
		<link>http://www.univete-assomption.org/2006/article.php3?id_article=50</link>
		<date>2006-08-31 19:10:45</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résumé de l'intervention par la rédaction du site&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;Maurice Bellet nous propose une parole fraternelle, « provisoire, partielle, et partielle », « d'aucune autorité » prévient-il.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le chemin d'humanité, c'est « LA » question. Comment est-ce que je peux supporter d'exister ? Comment porter l'angoisse, l'urgence, le risque ?&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;I. L'Enjeu&lt;/h3&gt; &lt;div class='spip_documents spip_documents_left' style='float: left; width: 150px;'&gt;&lt;a href='http://www.univete-assomption.org/2006/IMG/jpg/bellet1.jpg'&gt;&lt;img src='http://www.univete-assomption.org/2006/IMG/cache-150x101/bellet1-150x101.jpg' width='150' height='101' style='border-width: 0px;' class='spip_logos' alt=&quot;JPG - 77.4 ko&quot; title=&quot;JPG - 77.4 ko&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il ne suffit pas à l'homme d'être né, il lui faut un chemin d'humanité qui lui permette de se construire et surmonter les menaces inhérentes à sa condition. Est-ce la question de la vie ? L'action commence par : oui ou non la vie humaine a-t-elle un sens ? Cette question peut faire figure de luxe aujourd'hui, par les temps qui courent. Ce serait la question pour ceux qui vivent bien et qui ont le temps de la méditation et se demandent pourquoi. Ceux qui sont « sous la ligne », pour eux, la question est sur-vivre, vivre. Pourtant, même en ayant tout : l'argent, la beauté, la culture, l'intelligence, on ressent parfois une détresse profonde ! Dans les camps de concentration, certains ont gardé leur dignité humaine et cela n'avait rien à voir avec l'argent ou la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La question n'est peut-être pas le sens de la vie. La question est vraiment : vivre ! Humainement vivre ! C'est être au-dessus de la catastrophe, c'est-à-dire du bestial, du mal. Un homme qui se déshumanise, c'est un démon.
&lt;br /&gt;Il faut donc un chemin d'humanité, d'initiation. Il faut à l'être humain un chemin pour se construire, tenir debout, avoir une place, pour ne pas s'engouffrer dans la culpabilité d'exister. Il faut la voie : « le chemin, la vérité et la vie ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut donc une limite, un interdit éthique qui sépare de l'abîme et protège de la destruction.
La question est : qu'est-ce qui se passe quand la limite est franchie ? S'il y a interdit, c'est qu'il y a transgression. La deuxième limite, c'est celle qui mélange le péril. Le test du péril, c'est la parole qui meurt. Par exemple, les déportés revenus des camps et qui n'en parlent pas. Ou encore l'exemple de ce déporté, qui, des années après, le jour où il parle est interné en psychiatrie car « ça ne peut pas être possible ». Cela nous ouvre au péril de la déshumanisation personnelle ou collective. Pour saint Paul, le lieu premier de la vérité, ce n'est pas la loi, c'est la grâce.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a aujourd'hui un double risque. Celui de l'effondrement du chemin ou au contraire d'un ordre monstrueux (d'une limite qui instaure des fantasmes).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;II. « Raconte-moi l'homme à travers sa dignité » : Les droits humains pour affirmer la dignité&lt;/h3&gt; &lt;div class='spip_documents spip_documents_right' style='float: right; width: 101px;'&gt;&lt;a href='http://www.univete-assomption.org/2006/IMG/jpg/bellet3.jpg'&gt;&lt;img src='http://www.univete-assomption.org/2006/IMG/cache-101x150/bellet3-101x150.jpg' width='101' height='150' style='border-width: 0px;' class='spip_logos' alt=&quot;JPG - 70.4 ko&quot; title=&quot;JPG - 70.4 ko&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Où en sommes-nous ces temps-ci ?Le prodigieux essor de la modernité semble faire disparaître toute limite : tout est possible, tout est permis.
&lt;br /&gt;Autrefois, le monde moderne était un monde qui jusqu'à récemment avait ses convictions ; la Raison était assez sûre d'elle même. Ainsi, Victor Hugo disait : « Ouvrir une école c'est fermer une prison ». Pourtant en amont, il y a l'ombre, on a connu l'ordre monstrueux. La culture ne protège pas de la barbarie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous arrivons à un moment où l'ordre ancien apparaît comme vieux et l'ordre moderne, défaillant. Sommes-nous dans le chaos ou dans l'ordre monstrueux ? Souvent l'homme méconnaît à quel point - malgré ses aspects positifs - le monde est menacé, fragile. C'est le risque de l'effondrement du chemin.
À quoi l'on peut réagir par les divers intégrismes et le durcissement sectaire, ou au contraire prôner un laisser-aller voisin de l'habitude.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;III. Propositions&lt;/h3&gt; &lt;div class='spip_documents spip_documents_left' style='float: left; width: 101px;'&gt;&lt;a href='http://www.univete-assomption.org/2006/IMG/jpg/bellet2.jpg'&gt;&lt;img src='http://www.univete-assomption.org/2006/IMG/cache-101x150/bellet2-101x150.jpg' width='101' height='150' style='border-width: 0px;' class='spip_logos' alt=&quot;JPG - 74.6 ko&quot; title=&quot;JPG - 74.6 ko&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La troisième possibilité de ne pas être pris dans la chaotique, de ne pas rêver la situation de l'homme, c'est de réagir, de trouver un chemin d'humanité original.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sur quoi pouvons nous nous appuyer ? Paradoxalement, ce que l'on croit doit être plus puissant que la foi des prédécesseurs et en même temps ce qui est au c&#339;ur de ma foi est insaisissable.
Quelles sont aujourd'hui les exigences du chemin ?
&lt;br /&gt;- Assumer la situation
&lt;br /&gt;- Discerner ce sur quoi prendre appui
&lt;br /&gt;- Habiter le lieu premier d'humanité
&lt;br /&gt;- Et franchir l'impossible !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut traverser, transgresser (il y a de bonnes transgressions). L'Evangile peut être la bonne et heureuse transgression. Un Évangile qui annonce aujourd'hui le surpuissant des humains par-delà tout ce qui travaille à leur mort.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Véronique Senèze</author>
		<dc:date>2006-08-31T17:10:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Véronique Senèze</dc:creator>
		
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		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>Valpré avance sur les chemins d'humanité</title>
		<link>http://www.univete-assomption.org/2006/article.php3?id_article=85</link>
		<date>2006-08-31 12:22:23</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Il est capital de se poser la question de nos origines, quand bien même cette question reste et restera une énigme. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Si l'on ne se détache pas de la réponse que l'on veut nous donner, on ne peut pas transcender la réalité que l'on veut nous imposer.&lt;/i&gt; » Au premier jour de l'Université d'été de l'Assomption (UEA), vendredi, le psychanalyste et sociologue Blaise Ollivier a placé les débats sous le signe de la résistance aux pesanteurs de l'époque. Un point de vue partagé par les 410 personnes réunies à Valpré, le centre d'accueil animé par les assomptionnistes près de Lyon, pour se demander : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Raconte-moi l'homme&lt;/i&gt; ». Un tiers d'entre eux n'avaient jamais participé à l'UEA.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Qui est l'homme ? D'où vient-il ? Où va-t-il ? Plus que jamais, l'homme se prête à ce questionnement vertigineux, en un moment charnière de son Histoire, quand « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;trois révolutions immenses et simultanées&lt;/i&gt; », dont les effets « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;non seulement s'ajoutent, mais se conjuguent&lt;/i&gt; », bouleversent son appréhension, a rappelé Jean-Claude Guillebaud, dans un texte communiqué aux participants de l'UEA. Mondialisation, révolution informatique, et surtout révolution génétique provoquent un « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;effet de sidération idéologique&lt;/i&gt; », nous plongeant dans un monde « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;impensé&lt;/i&gt; », « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;immaîtrisé&lt;/i&gt; », qui tend à effacer les frontières qui délimitent l'humanité. Jean-Claude Guillebaud en cite cinq, devenues autant de « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;lignes de front&lt;/i&gt; » pour les chrétiens : la fascination pour l'animalité de l'homme, l'assimilation scientiste de l'homme à la machine, la chosification de l'homme par la brevetabilité du vivant, le renvoi par les neurosciences du symbolique, et l'idée que l'homme est une espèce en voie de disparition.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En sociologue de formation, Jean-Louis Schlegel s'est attaché, à la suite de Jean-Claude Guillebaud, à ébaucher les conséquences de l'« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;individualisme&lt;/i&gt; » de nos contemporains, animés par la « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;volonté de personnalisation de sa vie, d'affirmation de son soi, (...) en vivant selon ses propres normes et ses propres choix&lt;/i&gt; ». En résulte une « identification de la vie au corps », une « projection de soi dans l'ici-bas », avec pour rançon « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'obsession de la réussite, de la rentabilité du corps pour ainsi dire, qui rend difficiles sinon insupportables les échecs, les contradictions, le temps qui passe&lt;/i&gt; ». Cette perception de soi s'inscrit dans une perception du temps. Nous vivrions dans « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;un présent sans durée, sans épaisseur, le présent sans avant ni après, le présent sans mémoire et sans espérance&lt;/i&gt; ». « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;C'est l'&#8220;âme désarmée&#8221; qui m'inquiète, et non pas le corps tout-puissant&lt;/i&gt; », a conclu Jean-Louis Schlegel, devant une assemblée studieuse. Bruno Frappat, président de Bayard, le dira à sa manière lorsqu'il s'agira d'aborder la question de l'actualité, cet « aboutissement momentané » de l'Histoire, qui s'inscrit dans un « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;continuum&lt;/i&gt; », par définition ouvert sur demain. Une actualité dont les « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;héros maléfiques&lt;/i&gt; » ne doivent jamais faire désespérer de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Assise sur la pelouse qui fait face au centre Valpré, dans une ambiance piano-bar, Guenièvre Boué profite de l'instant pour méditer sur ce qui a été dit au cours de la matinée. Venue « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;en recherche&lt;/i&gt; » d'elle-même, la jeune Brestoise de 22 ans est secouée par ces propos, remis en perspective de sa propre vie. Au cours du repas, elle partage le constat de l'individualisme que l'on prête à la jeunesse, avec des parents d'adolescents heureux de réduire l'écart des générations. Les organisateurs de l'UEA ont voulu favoriser ces échanges. Aux ateliers de l'après-midi - qu'il s'agisse de créer une mosaïque en s'inspirant de la recherche de l'humain dans l'Évangile, de penser le capital humain en entreprise, ou de danser - sont venus s'ajouter cette année des forums réunissant une trentaine de personnes. L'occasion par exemple de débattre, à la lumière du vécu de chacun, de l'évaluation du handicap ou des enjeux éthiques du diagnostic prénatal.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Acteurs de l'Université, les participants ont été invités à l'être dans leur vie. D'abord par Lytta Basset : au terme d'un commentaire biblique, la théologienne protestante suisse explique que « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;la parole rend libre&lt;/i&gt; » dès lors que s'établit une « relation de confiance » par laquelle « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;la vérité se met à exister&lt;/i&gt; ». « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Quand nous nous laissons toucher, nous permettons à autrui de dire toute sa vérité&lt;/i&gt; », insiste Lytta Basset. Et dire sa vérité, c'est « devenir &#8220;christique&#8221;, c'est-à-dire porteur du Christ ». Dès lors, la théologienne engage chacun à « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;transgresser les vieilles habitudes de mensonge, à soi-même et aux autres&lt;/i&gt; » en « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;osant&lt;/i&gt; » évoquer jusqu'aux secrets de famille.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La parole est un acte&lt;/i&gt; », résume Catherine Perrotin, directrice du Centre interdisciplinaire d'éthique à l'Université catholique de Lyon - la « Catho », partenaire de cette UEA, tout comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Croix&lt;/i&gt;, au nom de laquelle Dominique Quinio était venue effectuer un lien quotidien entre les événements du monde et cette quête de « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;repères pour un monde plus humain&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et les actes doivent être pesés pour suivre des « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;chemins d'humanité qui permettent à l'homme de se construire et de surmonter les menaces inhérentes à sa condition&lt;/i&gt; », soulignait dimanche le P. Maurice Bellet. Pour cela, l'homme a besoin de « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;limites&lt;/i&gt; » qui séparent de « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'inhabitable, de l'innommable&lt;/i&gt; ». De la « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;déshumanisation&lt;/i&gt; ». Or, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le prodigieux essor de la modernité semble faire disparaître toute limite&lt;/i&gt; », les « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;interdits éthiques&lt;/i&gt; », s'inquiète le philosophe et psychanalyste, dénonçant « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'absence de structures&lt;/i&gt; » dans le monde d'aujourd'hui : il est urgent, conclut Bellet, de « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;tracer des chemins qui correspondent à la puissance actuelle de l'Évangile&lt;/i&gt; », l'Église devant « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;reprendre l'initiative de la pensée&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est aussi des signes d'espoir dans ce nouveau monde, comme l'existence de la Déclaration universelle des droits de l'homme, cet « outil technique et politique » dont la puissance était décrite avec fougue par Guy Aurenche, spécialiste du droit international et humanitaire. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chaque être humain est responsable de la manière dont ce texte est appliqué&lt;/i&gt; », a rappelé ce militant de l'Acat, enjoignant d'être attentif « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;à tout ce qui diminuerait nos cris&lt;/i&gt; ». S'il est un devoir, c'est celui de protester : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous sommes tous des acteurs et des actrices de réhumanisation&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette certitude anime Vincent Vaxelaire. Âgé de 29 ans, il est l'un des dix jeunes professionnels formant la première promotion d'une « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;summer class&lt;/i&gt; » organisée en parallèle par l'UEA, et dont les participants étaient invités aux travaux de l'Université. Cette « classe d'été » entend proposer un parcours de formation d'une semaine sur les fondements de la foi et autour de la question de l'anthropologie chrétienne. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Une nécessité, estime Vincent. Je travaille dans les domaines de la prison et de l'errance, des lieux qui portent une certaine vision de la défense de l'homme. J'avais besoin de me réalimenter pour nourrir mon action, mes rencontres.&lt;/i&gt; » Jean Debruynne, prêtre de la Mission de France disparu en juillet dernier, à qui cette session était dédiée, aurait apprécié.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Bénévent Tosseri</author>
		<dc:date>2006-08-31T10:22:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bénévent Tosseri</dc:creator>
		

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		<title>De Dieu et de l'homme comme êtres de parole - Jean-Pierre Sonnet</title>
		<link>http://www.univete-assomption.org/2006/article.php3?id_article=47</link>
		<date>2006-08-29 18:36:08</date>
		<description>&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Un Dieu qui parle&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi la Bible tient-elle à ce que Dieu parle dans des langages analogues aux nôtres ? Parce que les hommes de la Bible ont reconnu dans l'expérience de la parole, le lieu de la transcendance, de l'altérité un autre fait irruption dans la bulle du même que je suis. Un autre fait brèche dans le monde qui est le mien dans l'autarcie du monde de ma conscience, de mon expérience. La parole, c'est l'expérience d'une extériorité, d'un au-delà de moi qui me surprend, qui me bouscule. Qu'un autre puisse dire JE comme moi-même est une expérience qui va très loin. Alors vous comprenez pourquoi elle est dans la Bible le chiffre, le symbole premier de l'expérience de la transcendance de Dieu, de l'altérité de Dieu .&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors voyons cela d'un peu plus près pour découvrir comment le Dieu qui parle dans la Bible nous révèle la dignité, la gravité, la beauté de notre propre parole. Je le ferai essentiellement à partir de la Bible hébraïque (AT) à la suite de Lytta Basset qui a exploré avec nous ce matin la parole christique dans le NT (&lt;a href=&quot;http://www.univete-assomption.org/2006/article.php3?id_article=45&quot;&gt;résumé de la conférence de Lytta Basset&lt;/A&gt;). Mais vous pourrez prolonger les pointillés des textes hébraïques jusqu'à la Parole de Jésus.
&lt;br /&gt;Dès les premiers mots de la Bible, une évidence s'impose : le personnage de Dieu parle. Il est associé de manière répétée aux mots wayyo'mer et le ‘mor, dont l'équivalent en français serait : « Et dieu dit « ... » Le discours direct est le premier attribut de Dieu qui est d'aillerus, dans ce récit le premier à parler : « Que la lumière soit » (Gn 1,3. Face à l'homme aussi, ce primat divin se répétera, dans l'injonction « Soyez féconds et multipliez-vous » (Gn1,28), comme dans l'amorce du dialogue « Yhwh Dieu appela l'Adam et lui dit : &quot;Où es-tu ?&quot; » (Gn 3,9).Nous nous étonnons souvent de ce que le serpent du jardin et l'ânesse de Balaam parlent ; nous ne nous étonnons pas assez de ce que le Dieu du récit biblique parle, non pas sur le mode d'une communication « intuitive » de son être ou sur le mode d'oracles cryptés, mais en langage articulé et en hébreu correct, sous la forme d'énonciations qui nous sont sémantiquement et pragmatiquement intelligibles (nous en reconnaissons le sens et la valeur de question, d'ordre ou de promesse).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors, étonnons-nous en découvrant les choses à partir du commencement par ordre d'apparition. Découvrir les choses &quot;par ordre d'apparition&quot; est en effet la loi de la lecture du récit, un principe essentiel pour qui veut entrer dans l ‘intelligence de son mode de représentation. En son premier chapitre, le récit de la Genèse initie son lecteur de manière déterminante à l'automanifestation de Dieu dans la parole. Dieu entre en scène sans présentation préalable, dans un beau contraste avec les récits cosmogoniques du Proche-Orient ancien, où les dieux ont des biographies complexes les distinguant les uns des autres. Dans la grande épopée de la création Mardouk, le dieu de la création dans Enouma elish, qui vient à bout du chaos primitif dans un combat sanguinaire, est un dieu de la sixième génération, dont la généalogie est détaillée dans la première tablette du mythe. Nous sommes loin donc de la Genèse, où le narrateur introduit le personnage de Dieu sans produire ses lettres de créance. Ce Dieu se qualifie lui-même par sa première intervention, qui est de parole « Que la lumière soit » ; sur quoi enchaîne immédiatement le narrateur sur « La lumière fut ». Laissons-nous étonnés par cet enchaînement, ainsi que l'écrit W. Lee Humphreys « Le résultat suit l'acte de langage, sans qu'il y ait de temps ou d'espace textuel entre ces deux ordres sinon le mince « et ». Entre le mot prononcé « Lumière » et la réalité advenue (la lumière fut » pas le moindre décalage, la moindre faille, dans un processus qui crée ainsi du même coup, de puissantes « premières impressions ». En psychologie la loi de la perception, la loi de la première impression établit que ce qui vient en tête dans la communication d'un message et singulièrement d'un récit, s'imprime en profondeur dans l'esprit du lecteur et oriente la réception de ce qui suit. Le lecteur enregistre, et garde en mémoire, la puissance de cette parole qui fait advenir ce qu'elle dit. On le devine : la loi psychologique est ici au service d'une loi de lecture, tout à la fois narrative et théologique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ma thèse est la suivante : le récit subséquent l'histoire mise en récit s'insère, pour ainsi dire dans le petit &quot;et&quot; glissé entre l'injonction « Que la lumière soit » et le récit d'exécution « Que la lumière fut ». Sous nos yeux de lecteurs prennent place les tours et les détours de l'histoire, où les promesses et les injonctions divines connaissent des réalisations problématiques, partielles, inattendues ou différées. Ainsi que l'écrit Paul Beauchamp « Dans la mesure où tout récit implique un contrat, la création est la préface du récit de l'histoire : l'histoire est une mise à l'épreuve des promesses de la création ». Nous entrons dans une temporalité, celle de l'histoire humaine où comme l'écrit Humprheys à propos du cycle d'Abraham, « les actions tardent à correspondre aux mots « où la réalisation des promesses se fait attendre, à commencer par celle de la descendance (il faut huit chapitres pour que naisse Isaac Gn 12-13, 21). Nous entrons dans un monde où d'autres causalités que la causalité divine, notamment négatives s'exercent et interfèrent, à commencer par celle des fils d'Adam, tant et si bien que les promesses et injonctions divines apparaissent comme déjouées ou mises en échec. Mais les impressions premières ont quelque chose d'invincible : ce qui est contracté en Gn 1 est prophétique de ce que Dieu peut faire, même lorsqu'il entre dans la &quot;différence&quot; de l'histoire (ses délais, ses détours, ses impasses). Au cas où le lecteur douterait de cette &quot;théologie&quot; première, le narrateur se charge, de loin en loin de lui remettre en mémoire la leçon de Gn 1. Ainsi en est-il au seuil des livres de Samuel où le narrateur fait remarquer que, s'agissant de la mission de Samuel, Dieu « ne laissa pas tomber à terre aucune de ses paroles » (1S3,19). Il est celui qui, comme il le dit à Jérémie, « veille sur &quot;sa&quot; parole, pour l'accomplir » (Jr, 1,12). Le « comment » de cet accomplissement dans la différence de l'histoire est l'énigme proposée au lecteur.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qui ne se fait que par la parole&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Progresser dans le récit au-delà de Genèse 1c'est mieux comprendre pourquoi le discours direct est si approprié au personnage divin : l'histoire racontée tourne en effet autour d'événements qui sont autant d'actes de paroles. Les interventions divines les plus décisives, dans lesquelles Dieu se compromet, ont la forme d'actes de langage ; il s'agit de promesses, de bénédictions, d'accusations et de déclarations de pardon, d'appel et d'envois, de don et de promulgation de lois morales et religieuses, et d'engagements d'alliance.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a des choses parmi les choses les plus importantes dans nos vies qui ne se font qu'avec de mots, dans un acte de parole. J'en évoque deux : demander pardon, dire merci. Mais on peut ajouter : promettre, louer, s'excuser toutes choses qui ne se font dans un acte de langage. Les interventions divines qui comptent, ce n'est pas tant la fermeture delà porte de l'arche derrière Noé ( Gn7,16) ou la pluie de soufre et de feu sur Sodome et Gomorrhe (Gn 7,16), c'est la promesse de descendance aux patriarches, et c'est la bénédiction qui leur est promise : « je te bénirai » (Gn 12, 2.3) OU encore, l'événement qui compte, c'est l'établissement de l'alliance qui lui aussi, se fait nécessairement par un acte de discours. L'alliance prend cours, devient réalité sociale, dans la déclaration mutuelle « Je serai ton Dieu, je serai ton peuple »Ces déclarations ont leur sommet en Ex 19,3-6.8 et 24,3-8 lors de l'alliance au Sinaï, mais se déclinent sous de multiples formes au long du récit. Une formulation particulièrement significative de la dimension langagière de l'entrée en alliance se lit en Deutéronome 26, au terme du Code deutéronomique. En trois versets, Moïse fait écho à un serment croisé : A YHWH tu as fait dire aujourd'hui qu'il serait ton Dieu, que tu marcherais dans ses voies , que tu observerais ses décrets, ses commandements et ses règles et que tu écouterais sa voix..Et YHWH t'a fait dire aujourd'hui que tu serais son peuple particulier, selon ce qu'il t'a dit, que tu observerais tous ses commandements et qu'il t'élèverait au-dessus de toutes les nations qu'il a faites, en honneur, en renom et en gloire, et que tu serais un peuple consacré à Yhwh ton Dieu, selon ce qu'il t'a dit (Dt 26, 17-19)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'alliance naît du consentement mutuel , mutuel au point que chacun, non seulement dit (qu'il serait le Dieu, qu'il serait le peuple) mais aussi fait dire à l'autre les paroles performatives, constitutives du lien dans une déclaration croisée où chacun somme l'autre d'être libre et de parler librement. Le discours donne ici toute sa mesure, fait advenir un lien. Dieu n'a pas dit son dernier mot dans ses promesses aux patriarches et dans l'alliance mosaïque, qui ont été au départ de défiances et de refus auxquels Dieu a répondu par sa colère et son pardon. Les actes essentiels du Dieu de la Bible ayant la forme d'actes de parole, il est donc essentiel que le personnage de Dieu y parle. Mais quelle lumière cela projette sur nos propres actes de langage !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'intrigue de la bénédiction.&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les actes de parole divins (et leurs corollaires humains) fournissent régulièrement l'argument dramatique du récit de la Bible : la promesse, la bénédiction ou la déclaration du pardon y sont des motifs structurants sur le plan de l'intrigue. Ainsi en et-il, au long du Pentateuque, à propos de la bénédiction promise à Abraham (Gn 12,2) « Je te bénirai ». et il ajoute « Je bénirai qui te bénira, et qui te maudira je le honnirai En toi se béniront toutes les familles de la terre » (Gn 12,2). La bénédiction par Dieu du patriarche se doublera donc d'une bénédiction (ou d'une non-bénédiction ) du tiers qui , dans le concert des nation,s bénira (ou ne bénira pas) Abraham et sa descendance. L'intrigue ainsi créée est de celles qui donnent à la Bible sa tonalité caractéristique car on y voit l'inéluctable du dessein de Dieu se compliquer de l'imprévisible des libertés humaines. L'engagement inconditionnel de Dieu à bénir se complique de l'inconnue que représente la bénédiction ou la non bénédiction par des tiers humains. Si la perspective du tiers bénissant reçoit un premier accomplissement dans le geste de Melchisédèch, roi de Salem qui « bénit Abram et dit « béni soit Abram par le Dieu très Haut. Béni soit le Dieu Très Haut » (Gn 14,19-20). Les choses prennent une autre tournure lorsqu'un autre roi des nations, Balaq, roi de Moab, entend maudire Israël, faire maudire Israël par Balaam, un devin païen. Balaq entend défaire par Balaam ce que Dieu a mis en place, en Gn12. Car Balaq, dans une naïveté bien païenne, croit le devin Balam investi de pouvoirs divins « Oui, je le sais : qui tu bénis est béni, qui tu honnis est honni » (Nb 22,6). En Nb22,12, Dieu prend les choses en main, se charge de faire l'éducation du devin : « Tu ne honniras pas ce peuple, car il est béni ». Comme quoi on ne peut inverser la parole qui a orienté l'histoire. Au grand dépit de Balaq, Balaam fait sien ce principe au point de s'en faire le chantre : « Dieu n'est pas un homme pour mentir, ni un fils d'Adam pour se repentir. Parle-t-il pour ne pas agir ? Dit-il une parole pour ne pas l'exécuter ? J'ai assumé la charge de bénir, car il a béni ; je ne me reprendrai pas « (Nb 23,19). Et il conclut son troisième oracle par une affirmation : « Béni soit qui te bénira et honni qui te honnira ! (Nb24,9) où se réfracte la parole divine en Gn12. Belle illustration des tours et des détours que fait la parole de l'homme , pour finalement s'inscrire dans celle de Dieu.. Ainsi que l'écrit Robert Alter : « Comme ailleurs dans le dialogue entre Dieu et les humains, Dieu pose une question non en vue d'obtenir une information. Il ne cherche pas autre chose que provoquer une réponse de son interlocuteur humain, qui ait la forme d'une reconnaissance appropriée de la situation en cause ».
&lt;br /&gt;On pourrait ajouter que les silences de Dieu, car le récit biblique enregistre aussi les silences divins, ont la même qualité maïeutique. Une convention gouverne en effet le récit : « Dans les dialogues bibliques, il existe une formule stricte pour présenter les mots de chaque interlocuteur « il dit » ou « elle dit », sans variante. Mais il arrive assez souvent qu'un personnage dise quelque chose et que sans que l'autre réponde, le narrateur nous annonce une fois encore, « il dit » et le même personnage continue à parler. La répétition de la formule introduisant la parole du même personnage signifie un silence tendu, pesant ou ébahi de la part de l'autre interlocuteur : ce dernier ne dit rien parce qu'il est surpris ou même gêné par les mots qu'il vient d'entendre » Dieu, aussi dans certains cas se tait non tellement parce qu'il serait, à la manière du psychanalyste, il se tait pour mener son interlocuteur plus loin dans sa parole. En Gn 15,2-3, Abraham exprime son doute quant à la réalisation de la promesse de descendance qui lui a été faite : Abram dit : « Seigneur Dieu, que me donneras-tu ? Je vais sans enfant, et l'héritier de ma maison , c'est Elézer de Damas » Et Abram dit « Voici que tu ne m'as pas donné de descendance et que des gens de ma maison héritera de moi ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alter commente avec finesse : » Et Abram dit : Dieu reste imperturbablement silencieux en face de la brève plainte initiale d'Abram, le forçant de continuer d'expliciter la raison de son scepticisme à propos de la promesse divine ». Si Dieu ponctue de questions et de silences ses échanges avec l'homme, c'est pour mener ce dernier plus loin dans la responsabilité du langage.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Se citer, être cité&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Dieu qui parle est aussi le Dieu qui cite sa propre parole. Ainsi en est il de la promesse de la terre et de la descendance, réitérée d'un patriarche à l'autre : « Je tiendrai le serment que j'ai fiat à Abraham ton père » dit Dieu à Isaac (Gn 26,3). L'unicité de Dieu, sa fidélité à ses promesses et à lui-même, ont là une manifestation des plus fortes : en redisant ce qu'il a dit, Dieu s'avère indéfectible en ses mots.
&lt;br /&gt;Dieu peut donc se citer lui-même. Mais il peut aussi reprendre le mot ou le nom de son interlocuteur humain, et mener les choses plus loin, infiniment plus loin. Ainsi en ajoutant une seule consonne au nom d'Abram, il déconstruit le nom dans lequel le père d'Abram avait enfermé son fils et élargit ce nom, en y ajoutant « ham » inscrivant ainsi la multitude dont Abraham est appelé à être le père (Gn17,5). Opérant à la jointure des mots et des noms, le Dieu biblique opère ainsi à la jointure des êtres.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'exemple le plus fameux de la manière qu'a Dieu de prendre l'autre au mot (sur le mode « l'homme propose, Dieu dispose ») se lit en 2Samuel 7 . Alors que David se propose de bâtir une « maison » (au sens de temple) pour Dieu, celui-ci lui répond par le truchement du prophète : « Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que j'y habite ? » (v .5) Et Dieu d'apprendre à David que c'est une maison, au sens de dynastie et de descendance qu'il lui établira. Prenant l'homme au mot, mais investissant les mots de l'homme de son propre projet, le Dieu biblique a ainsi l'art de sauver l'histoire comme en sous-main.
&lt;br /&gt;Les paroles de Dieu sont toutefois exposées au phénomène symétrique : elles s'offrent à être citées. Avec tous les dangers de la citation, le récit biblique initie rapidement son lecteur à la panoplie de stratégies humaine en la matière.
&lt;br /&gt;Le serpent de Gn3 se charge le premier de nous initier à cette vérité : on ne ment qu'avec des mots en l'occurrence, avec les mots de Dieu, qu'il orchestre de manière trompeuse. « Vraiment, Dieu vous a dit... » (Gn3,1).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'offre initiale de Dieu (Tu pourras manger de tout arbre du jardin sauf ...) (Gn 2,16-17) est défigurée dans la citation qu'en fait le serpent. Ainsi dès le seuil de l'histoire, nous découvrons que les choses peuvent s'altérer parce qu'elles empruntent la voie d'un langage autre que divin. Le serpent inaugure la galerie de tous ceux qui travestiront les mots de Dieu, nous manifestant jusqu'où peut aller, pour ce dernier, le risque de l'interlocution. Paradoxalement, cette ruse avec les mots de Dieu s'avère être dans certains cas un lieu bénéfique et nécessaire, où se construit par exemple le personnage de Jacob. Constamment Jacob lutte avec les mots, les détourne avec ruse, qu'il s'agisse de paroles humaines (ainsi la bénédiction de son père) ou divines . Après son rêve en Gn28, on le voit recomposer les paroles de Dieu et mettre celui-ci au défi. Dieu lui a dit dans son rêve « Et voici que moi , je suis avec toi ; je te garderai partout où tu iras et je ramènerai vers cette terre, car je ne t'abandonnerai pas, que je n'aie fait ce que je t'ai dit « (Gn28,15). A son réveil, Jacob recompose les mots de Dieu en les enchâssant dans une conditionnelle « Si Dieu est avec moi et s'il me garde dans ce voyage que j'entreprends, s'il me donne du pain à manger et des habits pour me vêtir, si je reviens sain et sauf dans la main de mon père, Dieu sera mon Dieu » (v.20-21) Il y a jusqu'au petit « si » qui provient des mots de Dieu astucieusement recyclé par Jacob en un sens conditionnel, de manière à soumettre Dieu à ses propres vues.
&lt;br /&gt;Il appartient au lecteur de saisir ce qui distingue le détournement mortifère des paroles divines par le serpent du détournement bénéfique qu'en fait Jacob. Et ceci d'autant plus que Jacob-Israël est une figure du lecteur à venir : le lecteur implicite de ces récits est en effet fils d'Israël, et il a en Jacob comme un modèle.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La parole du prophète&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Voici que je me suis résolu à parler à mon Seigneur » (Gn 18,27) &lt;br /&gt;Les conversations entre Dieu et l'homme dans le récit biblique ont pour ainsi dire leur somment dans ces dialogues où Dieu en apprend de la partie humaine. On l'y voit adopter le point de vue de son interlocuteur, se ranger à son conseil, reprendre sa proposition. Ainsi en Dt5,28, lorsque le peuple implore Moïse et lui demande de s'approcher seul de Dieu sur la montagne, le prophète enchaîne « Dieu entendit la voix de vos paroles pendant que vous me parliez » et Dieu me dit « J'ai entendu le son des paroles de ce peuple, ce qu'ils t'ont dit : tout ce qu'ils ont dit est bien ». &lt;br /&gt;Une variante remarquable de cette logique dialogale se lit dans les scènes d'intercession serrée dans lesquelles s'engagent par exemple Abraham ou Moïse au terme desquelles Dieu « se repent » (voir Ex 32, 14) et pardonne à son peuple. « Je pardonne, selon ta parole « (Nb 14,20) déclare ainsi Dieu au terme de l'intercession de Moïse lors de l'affaire des espions en Nb 13-14. La parole humaine qui , on l'a vu, pouvait faire dérailler l'histoire en travestissant les paroles divines a aussi son rôle dans la relance de l'histoire compromise.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans ces dialogues, le paradoxe atteint un sommet, car Dieu, décrit ailleurs comme omniscient ou souverain en ses initiatives, entre ici dans des processus où l'initiative appartient aussi au partenaire humain dans l'interlocution. C'est le cas notamment dans l'intercession d'Abraham en faveur de Sodome en Gn18, où l'on voit Dieu entrer « dans le cadre de référence et le choix établis par la question d'Abraham « et jouer « le jeu des offres numériques ». Le Dieu qui confondait l'interlocuteur humain par ses questions entre ici dans le questionnement de l'homme.
&lt;br /&gt;Une dialectique paradoxale traverse ces échanges, où l'on voit Dieu adopter le point de vue de l'homme et l'homme adopter le point de vue de Dieu. Si Dieu adopte le point de vue d'autrui, d'Abraham ou de Moïse (en accédant à leur demande) c'est parce que ces prophètes ont eu l'audace de jouer « Dieu contre Dieu » en faisant valoir devant Dieu son propre point de vue ; en Nb14, Moïse¨se rappelle à Dieu ses attributs et le remet devant son fait : « Pardonne donc la faute de ce peuple, selon la grandeur de ta fidélité et comme tu as supporté ce peuple depuis l'Egypte jusqu'ici « Nb 14, 19-20
&lt;br /&gt;En Exode 32, Moïse cite Dieu devant Dieu . ) « Souviens toi d'Abraham, d'Isaac et d'Israël, tes serviteurs, à qui tu as juré par toi-même et à qui tu as dit ... » (v.13) Jusqu'où peut aller le pardon de l'homme ! Cette citation remet Dieu devant l'irréversibilité de sa parole. Dans cet échange des points de vue entre l'homme et Dieu se met en place comme un paradigme éthique, que la philosophie contemporaine a explicité avec bonheur. Jürgen Habermas, on le sait, a placé la conversion au point de vue d'autrui au c&#339;ur de son éthique de la conversation ; il parle ainsi de « cette confrontation des argumentations qui oblige chacun à se placer du point de vue de tous les autres, et produit ainsi une sorte de mise en &#339;uvre effective de l'impératif catégorique ». Le phénomène que décrit le philosophe trouve un singulier précédent, ainsi qu'un fondement proprement théologique, dans la mise en scène biblique de l'intercession prophétique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Conclusion&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le récit qui s'est ouvert sur la réalisation immédiate et sans faille de la parole divine nous a initiés aux scénarios de son exécution différée. Une illustration impressionnante de ce phénomène se lit dans la péricope du Sinaï, où les longues prescriptions divines à propos de la construction du sanctuaire du désert (en Exode 25-31) &lt;br /&gt;(7 chapitres) débouchent sur une mise en &#339;uvre différée. La parole créative s'était passée de la médiation humaine ; ici, à propos d'un sanctuaire où se reflète le projet créateur, la séquence « injonction- exécution » s'enrichit de la médiation humaine, celle de Moïse (qui a à transmettre au peuple les instructions) et celle d'artisans pleins de sagesse ; cette séquence se complique par ailleurs de manière dramatique en raison du péché du peuple lors de l'épisode du Veau d'or (Ex32-34), un péché qui a son point de départ dans l'épreuve du délai lié à la médiation de Moïse. L'histoire débouche néanmoins grâce à la miséricorde divine, sur le récit d'exécution (Ex 35-40), sanctionné par une bénédiction qui fait écho à la bénédiction divine au terme de la création : « Alors fut achevé tout le travail de la Demeure (Ex 39,32) ; Moïse vit tout le travail, et voici qu'ils l'avaient exécuté selon ce qu'avait ordonné Dieu. Moïse les bénit (Ex 39,43) ». &lt;br /&gt;Dans l'histoire des hommes, la parole divine parvient donc, encore et toujours, à ses fins, en intégrant la médiation de la parole et de la sagesse humaines, et en révélant son infinie puissance de miséricorde. Si Dieu parle dans le récit biblique, dans un discours homogène au nôtre, c'est donc pour que l'homme puisse insérer sa parole dans la sienne, à la manière d'Abraham, de Moïse et des prophètes. De la parole divine, Moïse avertit dans le Deutéronome qu'elle n'est pas une parole vide (Dt 32, 47). Ainsi, aussi la parole de l'homme : elle n'est pas vide, elle n'est pas condamnée à s'annuler dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Références&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Joseph et ses frères Le jeune Joseph&lt;/i&gt;, Thomas Mann., pp 38-39.
&lt;br /&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'étincelle du divin&lt;/i&gt; (p.109) ou encore (p.62) de Bernard Feuillet.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Marie-Noël Guénot</author>
		<dc:date>2006-08-29T16:36:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-Noël Guénot</dc:creator>
		

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